Tenant du titre, le XV de France ouvre son Tournoi des Six Nations face à l’Irlande dans un Stade de France bouillant, avec un parfum de revanche, de bascule… et quelques vraies inconnues.
Le décor est planté : un jeudi soir, ce qui ne colle pas aux réflexes du Tournoi, mais colle parfaitement aux enjeux de cette édition 2026. Le match a été avancé pour éviter la concurrence frontale avec la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver de Milan-Cortina, du coup France – Irlande devient presque un événement à part entière, comme un prime time rugbystique isolé dans la semaine, à 21h10, sous les projecteurs du Stade de France. Et pourtant, derrière ce vernis de “soirée spéciale”, il y a une réalité bien plus brute : les Bleus remettent leur couronne en jeu après le titre 2025, avec la pression de confirmer que ce sacre n’était pas un simple alignement de planètes. La liste élargie de 42 avait déjà donné le ton avec les absences lourdes de Penaud, Fickou ou Alldritt, autant de cadres qui ont porté la bande à Galthié ces dernières années, remplacés par un groupe plus rafraîchi où certains noms parlent encore plus aux staff qu’au grand public. On sent bien que ce XV de France-là est en transition, en train de bricoler un nouvel équilibre entre ses tauliers et une génération qui pousse.
Sur la feuille de match, pourtant, on retrouve quelques certitudes rassurantes. Antoine Dupont est bien là, capitaine du navire, à la mêlée, et Matthieu Jalibert récupère les clés du jeu à l’ouverture, dans la continuité de sa grosse forme avec l’UBB. Sans Ntamack, encore convalescent, cette charnière Dupont–Jalibert ressemble à un pari raisonnable… et à une prise de risque calculée, parce que leur dernière association en Tournoi remonte tout de même à la défaite en Angleterre en 2025, un souvenir qui laisse des traces dans les têtes. Autour d’eux, la ligne de trois-quarts est ultra offensive, avec Moefana et Depoortere au centre, le phénomène Bielle-Biarrey sur une aile et le Palois Attisogbe de l’autre, pendant que Ramos sécurise le poste d’arrière. Sauf que derrière cette belle promesse de jeu, on ne sait pas encore comment cette ligne réagira si le combat devant se grippe. Devant, justement, Galthié a tranché : première ligne Gros–Marchand–Aldegheri, ce dernier propulsé titulaire après l’arrêt brutal d’Atonio, puis une deuxième ligne Ollivon–Guillard et une troisième Jelonch–Cros–Jegou, mélange de vécu et de fraîcheur où chacun devra trouver le bon ton dès les premiers rucks. Sur le banc, la jeunesse frappe à la porte avec Montagne, Auradou, Meafou ou Nouchi, des “finisseurs” plus habitués aux bus de Top 14 qu’aux hymnes du Tournoi, et ça, forcément, ça peut faire basculer un match dans un sens comme dans l’autre selon la manière dont ils gèrent l’entrée dans ce genre de soirée.
Un champion en titre face au prodige Prendergast
En face, l’Irlande arrive sans complexe, avec le costume d’épouvantail et le sourire du mec qui sait qu’il a une carte folle à abattre : Sam Prendergast. Le jeune ouvreur du Leinster, 22 ans, va mener le jeu irlandais au Stade de France, présenté comme l’héritier de Sexton, encensé pour son jeu au pied, sa capacité à attaquer la ligne, mais déjà sous le feu des critiques dans son pays, où certains le trouvent encore trop tendre pour ces rendez-vous brûlants. Les chiffres sur ses performances ne racontent pas tous la même histoire selon les compétitions, certains analystes y voient un futur patron, d’autres un talent encore irrégulier, et c’est précisément ce flou qui rend cette opposition fascinante : si Prendergast se rate, l’Irlande peut exploser en vol, s’il flambe, le XV du Trèfle peut repartir de Paris avec un coup énorme dans le sac. On parle moins de lui que de la puissance du pack irlandais ou de la régularité clinique de cette équipe sur les dernières campagnes, mais sur ce match d’ouverture, c’est bien ce numéro 10-là qui peut changer la nuit. Le calendrier n’arrange rien à la tension : ouvrir un jeudi, avec tout le tournoi en embuscade derrière, c’est accepter de s’exposer en premier, d’essuyer les analyses, les “on l’a senti cramé physiquement” ou “ils ont déjà tué le tournoi”, alors que, franchement, on ne saura pas encore grand-chose après 80 minutes, sinon l’état d’avancement de deux projets qui se croisent. Ce soir, le tenant du titre affronte un Irlandais annoncé comme le futur du poste d’ouvreur, Dupont retrouve “son” Stade de France, et quelque part, entre les tribunes pleines et les écrans qui s’allument, c’est la première grande phrase de ce Six Nations 2026 qui va s’écrire, peut-être avec panache, peut-être dans la douleur… mais forcément sous tension.

