La finale du Mondial de handball, dimanche à Doha, marquera l’histoire du handball et du sport, qu’elle signe l’avènement d’un nouvel acteur ambitieux, le Qatar, ou qu’elle consacre avec la France l’une des équipes les plus dominatrices qui aient jamais été.

Le cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani, l’émir du Qatar, est un homme comblé. Cette finale, dans une compétition organisée sur le sol national, est la première pierre dans l’édifice de l’ambitieuse stratégie sportive et politique de son pays. Par son activisme, ce petit mais richissime Etat pétrolier et gazier du Golfe avait déjà gagné hors des terrains, en se voyant confier l’organisation de plusieurs grandes manifestations sportives, avec en point d’orgue la Coupe du monde de football en 2022. Mais il lui manquait encore, pour être véritablement considéré, une réussite majeure dans le sport même, qui ne se limite pas aux quatre médailles olympiques individuelles en bronze acquises dans son histoire (en athlétisme, tir et haltérophilie). Une médaille d’argent n’y suffirait peut-être pas complètement. Mais une victoire en finale dimanche changerait probablement la manière dont le Qatar, mal vu pour les dépenses somptuaires qu’il engage, est perçu sur la planète sportive. Elle en ferait la première nation non-européenne championne du monde de handball masculin, ce qui ne peut être considéré comme un événement mineur concernant l’un des sports collectifs les plus représentatifs de l’olympisme.

Cinq titres mondiaux, une première

Pour y arriver, le Qatar devra battre une équipe au palmarès vertigineux. S’ils l’emportent, les Experts français ne trouveront plus d’autre équivalent dans le sport contemporain que les basketteurs des Dream Team made in NBA. En s’imposant vingt ans après son premier sacre mondial, la France deviendrait la première nation quintuple championne du monde (1995, 2001, 2009, 2011), pour ajouter à ses deux titres olympiques (2008, 2012) et trois titres européens (2006, 2010, 2014). Surtout, pour la deuxième fois de son histoire, elle détiendrait simultanément les trois titres majeurs (olympique, mondial et européen), ce qu’aucun autre pays n’a su faire, ne serait-ce qu’une seule fois.

Historique par son enjeu, cette finale risque de l’être beaucoup moins sur le strict plan du jeu. La France, qui a dû livrer une féroce bataille en demi-finale devant l’Espagne (26-22), apparaît très supérieure au Qatar, par son talent, son expérience et ses rotations. Les Français n’ont perdu qu’une finale mondiale, en 1993 contre la Russie. La perspective de se qualifier directement pour les jeux Olympiques de Rio en 2016 sera aussi pour eux un aiguillon supplémentaire, si besoin en était.

Les Qataris, qui en deux ans ont réussi à fabriquer une équipe très compétitive, même si elle est presque exclusivement composée de joueurs d’origine étrangère, Bosniens, Cubains, Egyptiens, Espagnols, Français, Iraniens, Monténégrins, Syriens ou Tunisiens, apparaissent à bout de souffle. Ils ont terminé physiquement à l’agonie leur demi-finale contre la Pologne (31-29) et ont peut-être perdu sur blessure leur arrière cubain Rafael Capote, une pièce maîtresse de leur jeu. Le soutien des 15.000 personnes rassemblées dans la salle futuriste de Losail et tout le savoir-faire de l’entraîneur espagnol Valero Rivera pourraient bien ne pas suffire à enrayer la machine française.

Entre la solidité de sa défense, la rage de Thierry Omeyer, le leadership de Nikola Karabatic et la puissance de Cédric Sorhaindo, ses hommes forts, la France semble destinée à décrocher du ciel une cinquième étoile pour l’apposer sur son maillot.