L’Atlético de Madrid a bouclé un mercato hivernal XXL, façon quitte ou double, après un début de saison cahoteux où les Colchoneros naviguent davantage dans la zone du “peut mieux faire” que dans celle de l’excellence.
Propulsé patron de toutes les opérations liées au premier effectif, Mateu Alemany dispose désormais des pleins pouvoirs sur les arrivées et les départs. Le club a encore ouvert grand le portefeuille en janvier avec les signatures d’Ademola Lookman, Rodrigo Mendoza et Obed Vargas, censées consolider un projet lancé en 2024 autour de la recrue phare Julián Álvarez.
Julián Alvarez, la pointe de l’iceberg
L’arrivée de “l’Araignée” au Metropolitano devait marquer un tournant et ramener l’Atlético à la lutte pour les titres, alors que le club n’a plus rien soulevé depuis la Liga 2020-2021. La question est crue : avec tout ce qui a été dépensé, l’Atlético a-t-il vraiment les moyens de rivaliser avec le Barça et le Real Madrid ?
Depuis l’été 2024, date de son arrivée, le club madrilène a empilé les recrues : dix-huit nouveaux joueurs en quatre fenêtres de mercato, pour un total de 418 millions d’euros. Une somme qui écrase l’investissement réalisé sur la même période par les autres clubs espagnols qualifiés pour la dernière Ligue des champions.
Le problème, c’est que cette débauche de moyens ne se traduit pas encore dans les résultats. L’Atlético alterne les pics, comme la gifle infligée au Betis à La Cartuja en Coupe, et les trous d’air, à l’image de la défaite en Ligue des champions face à Bodø/Glimt, qui a renvoyé les Colchoneros à la case barrage.
Simeone, l’ultime saison ?
Diego Simeone s’est assis sur le banc rojiblanco le 23 décembre 2011, au Vicente Calderón, avant de traverser toute la transition vers le Metropolitano. Quinze ans plus tard, l’Argentin affiche huit trophées avec l’Atlético, mais le dernier remonte à la Liga 2020-2021, ce que beaucoup jugent insuffisant au regard de la montée en puissance financière du club.
Depuis ce titre, l’Atlético aurait approché la barre des 900 millions d’euros dépensés en transferts, sans parvenir à s’installer durablement au niveau du Barça et du Real. Ces montagnes russes sportives, combinées à la capacité du club à satisfaire la plupart des demandes de son entraîneur, ont progressivement installé le doute autour du technicien.
Cette saison encore, les résultats sont loin des attentes et la tension grimpe des bureaux au vestiaire. Plusieurs voix en interne évoquent une relation refroidie entre Mateu Alemany et Simeone, au point que la suite de l’aventure du Cholo n’est plus considérée comme intouchable malgré un contrat qui court jusqu’en 2027. Un nouvel exercice sans trophée pourrait acter la fin d’un cycle historique.
L’ère Apollo, promesse de puissance
L’arrivée d’Apollo Sports Capital comme actionnaire majoritaire ouvre un nouveau chapitre, mais prolonge la même logique : injection de capitaux et ambition affichée de changer de dimension. Le fonds américain doit prendre environ 55% du capital, dans une opération qui valorise le club autour de 2,5 milliards d’euros.
L’objectif est clair : faire de l’Atlético une marque mondiale, capable de se battre pour les grands titres en Espagne comme en Europe, et d’alimenter un projet d’infrastructures XXL autour du Metropolitano. Dans ce contexte, aucune vraie pause n’est attendue sur le marché des transferts : le modèle repose sur un effectif régulièrement retouché à coups de gros investissements.
Reste une inconnue majeure : que se passera-t-il si, malgré la puissance de feu financière, les résultats restent en deçà et que les cadres se lassent de ne pas gagner ? Le risque d’une fuite progressive de talents existe, et le dossier Julián Álvarez pourrait en devenir le symbole à moyen terme, lui qui est censé incarner la cerise sur un gâteau qui, pour l’instant, n’est toujours pas cuit.

