Il a tout gagné, ou presque. En quelques semaines de printemps, Paul Seixas a transformé le peloton mondial en terrain de jeu personnel. Dimanche, il affronte un nouveau défi de taille.
Sept victoires, un Tour du Pays basque maîtrisé de bout en bout, une Flèche wallonne avalée mercredi en solitaire avec une désinvolture déconcertante pour un gamin de 19 ans. Mais ce dimanche, sur les routes ardennaises de Liège-Bastogne-Liège, le phénomène français entre dans une autre dimension. Celle des 260 kilomètres, des favoris sans pitié et d’une Doyenne qui n’a jamais couronné un adolescent.
La Flèche wallonne ne ressemble pas à Liège
La nuance est capitale, et les connaisseurs ne se privent pas de la souligner. La Flèche wallonne, course atypique bâtie autour d’un unique mur final — celui de Huy — récompense l’explosivité et le sens tactique. Seixas y a excellé, comme Pogacar avant lui, qui avait pourtant mis quatre tentatives avant de dompter cette ascension. Liège-Bastogne-Liège, elle, est une autre bête. Une course d’usure, de répétition, d’accumulation. Les jambes y sont interrogées différemment, sur la durée, dans les enchaînements de côtes des derniers kilomètres — La Redoute, la Roche aux Faucons, Saint-Nicolas — qui broient les coureurs incomplets.
Remco Evenepoel, qui connaît ces routes par cœur, a posé le diagnostic sans détour : « Paul n’a que 19 ans et a moins de coffre que Tadej et moi. » Seixas lui-même n’a pas cherché à contredire son aîné. « On parle peut-être du meilleur coureur de tous les temps, a-t-il dit de Pogacar. Pour le moment, je n’ai pas le niveau, je pense, pour le battre. » Des mots de sagesse. Ou de prudence calculée.
L’inconnu du format long
C’est précisément cet inconnu qui rend ce dimanche si fascinant. Seixas a déjà prouvé qu’il pouvait tenir sur une semaine — le Tour du Pays basque l’a démontré. Mais une classique de 260 kilomètres face aux deux meilleurs coureurs du monde dans leur jardin, c’est un exercice inédit pour lui chez les professionnels. Il avait remporté Liège chez les juniors en 2024, mais la comparaison s’arrête là. Le rythme, l’intensité, la brutalité tactique des favoris n’ont rien à voir.
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les ressorts qui font les grands champions semblent tous présents chez le leader de l’équipe Décathlon CMA CGM. La lecture de course, le sang-froid, la capacité à frapper au bon moment — autant de qualités déjà visibles à un âge où la plupart de ses pairs cherchent encore leurs marques.
Pogacar et Evenepoel comme étalon
Le test de dimanche a cela de précieux qu’il est objectif. Pogacar, triple vainqueur de la Doyenne, en quête d’un quatrième bouquet historique, et Evenepoel, double lauréat qui retrouve son meilleur niveau après une édition 2025 tronquée par un accident, forment le mètre-étalon absolu. Finir dans leur roue serait déjà un exploit retentissant. Les déborder relèverait du prodige.
Skjelmose, Smid, Grégoire, Vauquelin, Cosnefroy — les outsiders sont nombreux et sérieux. Mais tous les regards convergent vers cet adolescent surdoué qui a passé l’hiver à remporter des courses que les experts lui demandaient d’apprivoiser d’abord.
L’heure de vérité
Le printemps 2026 a déjà répondu à beaucoup de questions sur Paul Seixas. Ce dimanche, Liège-Bastogne-Liège va en poser une nouvelle, la plus exigeante jusqu’ici : est-il déjà capable de rivaliser avec les meilleurs sur le terrain qui leur appartient ? La Doyenne a cette vertu rare — elle ne ment jamais.

