Il y a encore un an, Paul Seixas regardait la Flèche Wallonne depuis son canapé.
Mercredi, il en franchissait la ligne d’arrivée en vainqueur, le coude ensanglanté et les bras levés au sommet du redoutable Mur de Huy. À 19 ans, le coureur lyonnais de l’équipe Decathlon CMA CGM vient de réécrire les livres d’histoire du cyclisme belge — et peut-être du cyclisme français tout entier.
Un record vieux de 90 ans pulvérisé
En s’imposant lors de la 80e édition de la classique ardennaise, Seixas devient le plus jeune lauréat de la Flèche Wallonne depuis la toute première édition, disputée en 1936. Il efface ainsi des tablettes le nom de Philémon De Meersman, qui détenait ce record depuis près de neuf décennies à 21 ans et 150 jours. Une performance d’autant plus saisissante qu’il s’agissait là de sa toute première participation à l’épreuve.
Devant lui à l’arrivée : le Suisse Mauro Schmid et le Britannique Ben Tullet, impuissants face à une accélération dévastatrice lancée à environ 400 mètres du sommet. Personne n’a trouvé la réponse. Ni les favoris annoncés, ni les hommes d’expérience aguerris aux pentes de Huy.
« L’année dernière, je regardais ça à la télé »
L’émotion, au micro des journalistes, était à la hauteur de l’exploit. « C’est incroyable, c’est énorme comme victoire. Je me dis que l’année dernière encore je regardais la course à la télé, et là pour ma première participation je gagne », a lâché Seixas, visiblement submergé. Des mots simples pour une victoire qui ne l’est pas.
Avec ce succès, il devient le huitième Français à inscrire son nom au palmarès de la Flèche Wallonne, et le premier depuis Julian Alaphilippe en 2021. Il succède également à Tadej Pogacar, grand absent de ce mercredi ardennais, mais que Seixas retrouvera dès dimanche sur les routes de Liège-Bastogne-Liège. Un nouveau rendez-vous avec l’histoire en perspective.
Une saison 2026 déjà hors norme
Ce septième succès professionnel confirme une évidence que le peloton mondial commence à intégrer : Paul Seixas n’est pas une promesse, c’est une réalité. Depuis janvier, le Lyonnais enchaîne les coups d’éclat à une cadence qui rappelle les grandes heures du cyclisme tricolore. Deuxième du Tour de l’Algarve et des Strade Bianche, vainqueur de la Classic Ardèche, puis du Tour du Pays basque avec trois étapes remportées en prime — son compteur tourne à toute vitesse.
Beaucoup le décrivent déjà comme le plus grand talent français depuis des décennies, une étiquette qu’il porte avec une sérénité déconcertante pour son âge. Sur le Mur de Huy, il vient d’apporter la preuve la plus éclatante que cette réputation n’est pas usurpée.
Liège en ligne de mire
Après Huy, le regard se tourne naturellement vers Liège-Bastogne-Liège dimanche. La Doyenne, la plus ancienne des classiques, attend. Pogacar aussi. Mais Paul Seixas, lui, n’a visiblement peur de rien — ni des murs, ni des légendes.

