Pour comprendre la place du bikini dans le beach-volley féminin, il faut remonter aux origines de ce sport. 

Par Floriane Cantoro
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.14 d’octobre-novembre-décembre 2019

C’est sur les plages de Santa Monica, en Californie, que la discipline fait son apparition dans les années 1920. À l’époque, il s’agit d’une simple distraction pour les familles américaines qui tentent d’échapper à la grande dépression en se rendant à la plage. En raison de son côté pratique (un ballon, un filet, un maillot de bain et du sable suffisent pour jouer !), le beach-volley se propage rapidement aux États-Unis, puis en Europe. La discipline se professionnalise bien des années plus tard, lors de son introduction au programme des Jeux olympiques, d’abord comme sport de démonstration à Barcelone en 1992, puis comme sport olympique à part entière en 1996 à Atlanta. Progressivement, des voix s’élèvent pour dénoncer le bikini porté par les joueuses, tenue issue de la « culture plage » du beach-volley. 

 Le bikini plus totalement obligatoire depuis 2012 

Aussi, pour respecter « les croyances culturelles et/ou religieuses» de certains pays souhaitant défendre leurs couleurs en compétitions internationales, notamment aux JO, la Fédération internationale de volley-ball (FIVB) autorise un premier rallongement des tenues en 2012. « Auparavant, il y avait deux choix d’uniformes pour les joueuses, un maillot de bain une pièce ou un bikini dont le bas ne devait pas dépasser une largeur de côté maximale de 7 cm, tandis que des combinaisons intégrales pouvaient également être utilisées sous le bikini par temps froid. Maintenant, il y a trois choix supplémentaires », précise l’instance. Selon l’actuel code vestimentaire de la FIVB, ces options sont les suivantes : l’association short/tee-shirt sans manches, ou bien bermuda/tee-shirt avec manches, ou encore legging long/tee-shirt avec des manches allant jusqu’aux poignets. 

En 2016, aux JO de Rio, les beach-volleyeuses égyptiennes Doaa el-Ghobashy et Nada Meawad ont été autorisées à se couvrir les bras et les jambes. © CP DC Press/Shutterstock

Mais ces dispositions ne semblent s’appliquer qu’aux joueuses qui avancent effectivement des « motifs culturels et/ou religieux » justifiant une plus grande couverture de leurs corps. Pour les autres, seul le mercure – inférieur à 15°C selon les dispositions de la FIVB – permet d’enfiler un lycra sous la brassière et un legging sur le bas de maillot. Les beach-volleyeuses françaises Aline Chamereau et Alexandra Jupiter, médaillées d’argent aux derniers Jeux méditerranéens (2018), peuvent en témoigner : l’année dernière, elles se sont vues refuser la possibilité, par l’arbitre, de se couvrir sous prétexte qu’il ne faisait pas assez froid. « Cela m’a mise hors-de-moi, se souvient Aline Chamereau. C’est super que la fédération internationale offre des libertés vestimentaires aux joueuses qui ont des contraintes culturelles en la matière ; mais c’est fou que ces libertés ne soient pas accordées à tout le monde ! »

Un frein pour les joueuses ? 

Même si elles avouent elles-mêmes préférer le bikini pour son côté pratique (par rapport à un short, par exemple, où le sable viendrait plus facilement se loger), Aline et Alexandra, toutes deux issues du volley-ball en salle, déplorent une absence de choix pour les beach-volleyeuses. « Beaucoup de mes anciennes co-équipières ne pensent même pas au volley de plage car elles savent que c’est un sport qui se joue en maillot de bain et qu’elles ne souhaitent pas exhiber leurs corps, explique Aline. Finalement, les filles ne choisissent pas entre le volley-ball et le beach-volley, qui sont deux sports complètement différents, mais entre deux tenues vestimentaires. En codifiant autant son uniforme, le beach se prive d’excellentes joueuses », déplore-t-elle

Lors des JO-2004, 20% des images diffusées lors des épreuves de beach-volley féminin étaient des plans serrés sur la poitrine des joueuses. 

Mais ce n’est pas pour autant non plus qu’il perdra ses adeptes ! En effet,si la question du bikini est souvent soulevée dans les médias, elle ne l’est jamais dans le monde du beach-volley féminin. « Je ne sais pas à quel point c’est un problème pour les joueuses ; on n’en parle pas vraiment entre nous… Du fait de la règle et de l’histoire qui a toujours montré des filles en petit maillot de bain, on a adhéré au bikini assez facilement. Celles qui sont contre, bien souvent, ne viennent pas au beach-volley. Le filtre est naturel et inconscient », analyse très justement Aline Chamereau.

Alexandra Jupiter et Aline Chamereau, deux beach-volleyeuses françaises, nous ont donné leur point de vue sur le port du bikini. DR/.

Une image hyper-sexualisée du beach-volley féminin 

Finalement, ce n’est pas tant la tenue qui dérange que l’image hyper-sexualisée de la femme qu’elle renvoie, véhiculée notamment par les médias. Une étude réalisée durant les JO d’Athènes, en 2004, a montré que respectivement 20 et 17% des images diffusées lors des épreuves de beach-volley féminin étaient des plans serrés sur la poitrine ou le fessier des joueuses. En 2012, le quotidien américain metro.us a d’ailleurs tourné en dérision ce ridicule traitement médiatique en photographiant les postérieurs de sportifs masculins. Le résultat est percutant : difficile de résumer la performance d’un lutteur ou d’un basketteur par une photo de son derrière. Alors pourquoi les beach-volleyeuses devraient-elles subir un tel traitement médiatique ? « On s’entraîne dur pour réaliser une performance sportive ; voir celle-ci réduite à des images de nos corps est extrêmement vexant », regrette Alexandra Jupiter. Même sentiment d’amertume chez sa coéquipière qui trouve la corrélation bikini-audience « à la fois triste, et énervante »

Si toutes deux revendiquent le côté esthétique de la discipline, « qui fait partie intégrante de l’histoire du beach-volley », elles déplorent la relative immobilité de leur sport dans un monde où les mentalités évoluent en matière de sport féminin. « Si nous on joue en bikini pour l’audience, pourquoi les garçons ne joueraient-ils pas torses-nus ? », questionne Alexandra. Et la championne a raison : il est là, le vrai problème.