Alors que le troisième tournoi du Grand Chelem de la saison, à savoir Wimbledon, se termine bientôt, Sport.fr vous propose de vous replonger un peu dans l’édition 2019 de Roland-Garros.

 

Si le grandissime favori, Rafael Nadal a répondu présent avec une 12e victoire Porte d’Auteuil, Antoine Hoang a été l’une des belles surprises de la quinzaine. Invité par les organisateurs, il s’est hissé jusqu’au 3e tour. Pour l’occasion Sport.fr l’a rencontré et il nous livre ses confidences après cette magnifique semaine, vécue sur la terre-battue parisienne. Une interview exclusive pour mieux faire connaissance avec ce Français de 23 ans, symbole de la nouvelle génération.

 

 

 

Salut Antoine merci de nous répondre :

Présente-toi un peu. Qui es-tu vraiment Antoine Hoang ?

“Bonjour, je m’appelle Antoine Hoang, j’ai 23 ans et je suis originaire de Toulon et mon nom est associé à mon grand-père Vietnamien. Je suis tennisman professionnel et commence à intégrer les tableaux des tournois du Grand circuit ATP. Je suis un passionné de tennis depuis mon plus jeune âge, j’aime ce sport et les émotions qu’il procure. Mon père est dentiste mais nous avons une famille de passionnés par la petite balle jaune. Au niveau des études, j’ai fait une Licence en STAPS à Toulon. Je vis tennis, je mange tennis et je dors tennis. Aujourd’hui c’est bien plus qu’un métier, c’est ma passion. Depuis 3 ans, je m’entraîne à Aix-en-Provence avec un staff composé de mon entraîneur Lionel Zimbler et une préparatrice physique. Il y a aussi une préparatrice mentale mais elle n’est pas toujours avec moi.

J’aime ce sport, car au delà des émotions on peut progresser en permanence et c’est une motivation supplémentaire, je veux toujours mieux faire. C’est aussi un retour sur soi que l’on fasse bien ou mal les choses et je profite de ces moments avec le public, je joue le jeu à fond.”

 

Tennisman pro c’est un métier à part entière, peux-tu nous décrire ton quotidien ?

“Pour être honnête c’est assez fatigant et il faut faire des sacrifices. Tout dépend des semaines. Quand je n’ai pas de tournois, je vis ma vie de manière normale, sortir avec mes amis sur Aix-en-Provence, m’occuper dans mon appart, m’entraîner la journée… En revanche quand c’est l’heure des tournois, c’est radicalement différent. Pour commencer, il faut prendre ses marques, trouver les hôtels, prendre les billets d’avion, les transports… tu sais même si je commence à gagner ma vie de manière honorable, c’est difficile de vivre de ce sport quand tu ne fais pas partie des 100 à 150 meilleurs mondiaux.

Une journée type avant un match commence tôt avec un petit déjeuner, puis un échauffement afin de réveiller le corps, avant de prendre quelques minutes de repos et se ressourcer pour aborder le match de la meilleure des manières. Je parle avec Lionel (son entraîneur) pour voir ce que je peux mettre en place. J’écoute souvent de la musique avant pour me concentrer et entrer dans mon match sereinement. Ensuite il y a le match qui se joue. Après celui-ci, c’est l’heure de la récupération active avant de passer à table et me ressourcer. Sur une semaine de tournoi, c’est tous les jours le même mécanisme encore et encore… On voyage beaucoup, il faut aussi s’adapter à tout ça et ce n’est pas forcément quelque chose de facile, le manque des proches se fait parfois ressentir.”

 

“Je reviens de loin”

Tu as parlé de ton staff, qu’est-ce qu’il t’apporte au quotidien ?

“Oui bien évidemment le staff, c’est la clef. Lionel Zimbler mon entraîneur m’apporte plusieurs choses à commencer par son expérience. Il était en collaboration avec Benoît Paire et connaît sur le bout des doigts le monde pro. Je suis allé le chercher et il m’a ensuite pris sous son aile. Grâce à lui, j’ai également la possibilité de faire mes entraînements à Aix-en-Provence et c’est un détail important pour moi. Je me sens bien mieux chez moi dans le sud que dans une ville comme Paris (ou s’entraîne la plupart des jeunes français). Je reviens de loin et j’ai souvent dû me débrouiller pour trouver des partenaires d’entraînements ou autre et aujourd’hui c’est une belle revanche.

La prépa physique est aussi essentielle et me permet d’être fin prêt avant d’entrer sur le court. Je peux aussi remercier la personne qui m’encadre au niveau mental. De nature, je suis plutôt quelqu’un de discret et un peu introverti. Depuis qu’elle travaille avec moi, j’ai changé, je suis plus en contrôle au niveau de mes émotions, je me canalise plus et arrive à relativiser. Ce qu’elle cherche vraiment, c’est que je m’exprime plus et que je m’affirme davantage sur le terrain. Quand j’étais jeune, je prenais les choses trop à cœur et j’étais parfois dans le mauvais sens, aujourd’hui à 23 ans, je suis bien plus mature et cela se ressent dans mon jeu.”

 

 

Tu as bénéficié d’une wild-card à Roland, peux-tu nous en dire plus ? Et revenir sur tes premiers matchs.

“Oui c’est une histoire plutôt insolite. 10 jours avant le début du tournoi, j’ai reçu un mail de la FFT qui m’adressait une wild-card (invitation). J’étais très honoré mais je ne m’y attendais pas même si j’étais dans les candidats potentiels. A la base, j’étais parti pour disputer les qualifs de RG et là je me suis rendu compte du chemin que j’avais parcouru pour en arriver-là (aux alentours de la 350e mondiale en 2018). Après, je me suis très vite concentrer sur le tournoi. Contre Dzuhmur (91e mondial), j’étais un peu tendu mais je n’avais pas le droit de passer à côté à cause de cette pression. Finalement j’ai assez bien géré le match et le public m’a poussé du début à la fin. On n’imagine pas au bord du court mais lorsqu’on est dans le match, le public c’est un vrai bonus. Moi j’étais dans ma bulle et je devais rester concentrer sur moi-même. Anticiper l’événement, un match pas comme les autres et faire abstraction du contexte, c’est la recette que j’ai utilisé.

Pour mon deuxième tour, affronter Verdasco (37e mondial et spécialiste terre-battue), c’est quelque chose de fou. Même si je savais que le favori c’était lui, j’ai pris confiance et je me suis dit que j’avais le jeu et le potentiel pour lui causer des problèmes. J’ai cru en mon jeu et même si c’est compliqué j’ai réussi à le faire douter. Tout comme face à Dzuhmur, le public a été incroyable, bouillant et m’a porté jusqu’à la fin. Battre Verdasco au deuxième tour de Roland-Garros quand on se trouve aux alentours de la 110e place, j’ai eu du mal à y croire !”

 

 

“Une expérience qui va me servir pour la suite”

Tu as découvert le Philippe-Chatrier à 23 ans contre Monfils, chouchou du public, qu’est-ce tu retiens de ce jour particulier ?

“C’est vraiment un jour et un moment très particulier que j’ai vécu ce samedi-là ! Jouer contre un Français sur un court central dans un Grand Chelem, c’est toujours particulier. J’ai été pour la toute première fois, l’attraction et j’en garde un magnifique souvenir. Le public a été top et c’était marrant de voir que les gens étaient assez partagés, même s’il y en avait un peu plus pour Gaël, ce qui est tout à fait normal. Je le remercie car même si nous étions adversaires, il a été très cool avec moi avant pendant et après. J’ai été loin de jouer mon meilleur tennis, au même titre que Gaël car jouer un Français sur un grand court, c’est particulier. Maintenant il faut que j’apprenne à jouer ce type de matchs et que je me concentre encore plus. Je pense que si j’avais joué un étranger, j’aurais pu m’exprimer davantage mais c’est une expérience formidable qui va me servir à avancer dans ma carrière.”

 

Que retenir de ce Roland-Garros et quel sera l’objectif pour la suite de la saison et l’édition de l’année prochaine ?

“Oula, il y a beaucoup de points positifs à retenir de cette semaine parisienne. Je vais retenir les souvenirs que j’ai eu et je remercie aussi les organisateurs pour leur invitation. Jouer sur un tournoi du GC dans son pays, c’est top et il n’y a que des bons souvenirs. Une expérience qui donne envie de revenir dès l’année prochaine et faire encore mieux. En faisant le bilan, j’ai quand même éliminé deux membres du top 100.

Côté objectifs, je compte bien passer sous la barre des 100 et même participer au prochain US Open (Etats-Unis, New York), puis intégrer tout doucement le circuit principal et faire des perfs. A long terme, top 100 et aller le plus loin possible pour disputer les matchs et faire top 50, ça serait bien. Nous avons une génération intéressante avec Corentin (Moutet), Ugo (Humbert) ou encore Grégoire (Barrère) et même si je pense être un second couteau, j’espère aller loin avec eux…”

 

Une question un peu insolite pour terminer. Est-ce que tu as un porte bonheur ou quelque chose de ce genre avant tes matchs ?

“Pas de superstition particulière. Avant de jouer un match, j’aime écouter de la musique qui varie en fonction de mon humeur du jour. Je pense à des éléments importants pour moi et qui représentent plus que le tennis. Pour moi, il faut que je montre l’exemple sur le terrain aux plus jeunes, c’est important.”

 

Quel a été ton repas avant de jouer ton premier match sur le Philippe-Chatrier ?

“Euh ce jour-là, le menu c’était poulet et riz blanc sans sauce et pour être honnête, ce n’était pas le meilleur souvenir de la journée (rire). Par contre, le soir je me suis lâché !”

Merci beaucoup pour ta disponibilité et bonne chance pour la suite de la saison.

 

Interview exclusive pour Sport.fr réalisée par Greg Zerbone