Ce qui ressemblait à un montage financier douteux autour d’un transfert rugbystique prend désormais une tout autre dimension.
L’enquête judiciaire portant sur le transfert de Melvyn Jaminet de Perpignan au Stade toulousain en 2022 vient d’être substantiellement élargie. Le parquet de Toulouse a confirmé jeudi à l’AFP que les investigations visent dorénavant des faits d’escroquerie en bande organisée, de blanchiment en bande organisée et de blanchiment d’abus de biens sociaux — des qualifications autrement plus graves que les premiers chefs retenus.
Du faux comptable à l’escroquerie organisée
Ouverte en avril 2025 sur des soupçons de faux et d’abus de biens sociaux, l’enquête préliminaire a rapidement mis au jour un schéma d’une complexité inattendue. « Ces infractions relèvent d’une grande complexité en raison de la nature du montage susceptible de mettre en cause plusieurs intervenants ou sociétés », a précisé le procureur de la République David Charmatz dans un communiqué. Face à cette ampleur, le parquet de Toulouse s’est dessaisi dès le 22 avril 2026 au profit de la JIRS de Bordeaux — la Juridiction inter-régionale spécialisée, habituée aux dossiers financiers tentaculaires.
Un joueur qui a payé sa propre clause
Tout remonte à une révélation de L’Équipe en janvier 2025. En 2022, Melvyn Jaminet, alors arrière de l’USB Perpignan et aujourd’hui sous les couleurs du RC Toulon, aurait personnellement réglé les 450 000 euros de sa clause libératoire pour rejoindre le Stadium. L’objectif supposé de l’opération : permettre au Stade toulousain de contourner le plafond salarial imposé par la Ligue nationale de rugby (LNR), en évitant d’inscrire le montant du transfert dans ses comptes réglementaires.
Pour financer cette somme, Jaminet avait contracté deux emprunts. Le hic : le club ne lui aurait pas restitué les fonds convenus dans les délais. Un accord financier n’a finalement été trouvé qu’en avril 2025, après médiation. Cette procédure amiable a contraint Toulouse à verser une « contribution » de 1,3 million d’euros à la LNR en reconnaissance du contournement du salary cap.
Des intermédiaires au cœur du dossier
L’enquête pointe également vers plusieurs figures périphériques. Parmi elles, l’avocat Arnaud Dubois — qui fut brièvement président du Biarritz Olympique en Pro D2 lors de la saison 2024-2025 — et la société Pacific Heart, deux entités par lesquelles l’argent aurait dû transiter selon les investigations. Leur rôle exact reste à établir, mais leur présence dans le dossier illustre la sophistication présumée du montage.
Toulouse sanctionné, mais toujours en tête
Sur le plan sportif et disciplinaire, le club a déjà payé une première addition : en décembre dernier, l’Autorité de Régulation du rugby lui a infligé un retrait de deux points fermes pour la saison en cours. Une sanction sévère, qui n’a pourtant pas entamé la dynamique des Rouge et Noir. À quatre journées de la fin de la phase régulière, Toulouse trône toujours en tête du Top 14.
Le Stade toulousain, de son côté, affirme avoir déposé plainte contre X dans ce dossier. La suite appartient désormais aux magistrats bordelais — et promet d’être aussi disputée que les finales de Brennus que le club collectionne.


