Ce jeudi 14 mai, Didier Deschamps a dévoilé sa dernière liste pour un tournoi majeur. Vingt-six noms, des choix assumés — et quelques absences qui font mal.
Il y avait, ce soir-là, quelque chose de solennel dans l’annonce. Assis face à Gilles Bouleau sur le plateau du JT de TF1, Didier Deschamps a égrené pour la dernière fois les noms de ses élus. Quatorzième année à la tête des Bleus. Septième liste pour une grande compétition. Et, comme toujours, des sacrifiés.
Parmi eux, trois noms résonnent particulièrement : Eduardo Camavinga, Florian Thauvin, Randal Kolo Muani. Trois joueurs qui, à des degrés divers, espéraient monter dans l’avion pour Boston. Aucun ne le fera.
Camavinga, la fin d’un cycle ?
L’explication de Deschamps a été courte, presque clinique : « Il sort d’une saison difficile, il a moins joué, et a eu des blessures aussi. » Sous-entendu : le milieu du Real Madrid n’était tout simplement pas dans les meilleures conditions pour défendre sa place.
C’est pourtant une vraie surprise. Camavinga était présent en 2022 au Qatar. Formé à Rennes, passé par les sommets du football mondial, le joueur de 21 ans incarne à lui seul la promesse d’une génération. Mais la saison madrilène a été laborieuse. Temps de jeu limité, pépins physiques à répétition : dans un effectif aussi dense que celui de la France, le doute suffit à écarter.
Deschamps l’a dit lui-même : « Ce ne sont pas forcément les 26 meilleurs. » Une formule qui, appliquée à Camavinga, sonne comme une mise en attente plutôt qu’une condamnation.
Thauvin, le grand retour qui n’a pas eu lieu
Pour Florian Thauvin, l’histoire est différente — et plus cruelle. À 32 ans, le Marseillais de cœur reconverti au Mexique puis en Ligue 1, avait pourtant refait surface dans le groupe France ces derniers mois. Suffisamment pour nourrir l’espoir. Pas suffisamment pour convaincre.
Sa candidature a buté sur une réalité arithmétique : les lignes offensives des Bleus débordent de talent. Mbappé, Dembélé, Olise, Barcola, Doué, Thuram, Cherki, Akliouche — la concurrence est proprement écrasante. Dans ce contexte, Thauvin s’est retrouvé en dehors du cadre, comme victime d’un embouteillage qu’aucun talent individuel ne pouvait débloquer seul.
Kolo Muani, le symbole d’une saison manquée
L’absence la plus symbolique est peut-être celle de Randal Kolo Muani. En 2022, il entrait en jeu en finale du Monde contre l’Argentine, manquait d’un rien le but de la victoire d’un face-à-face avorté. Il allait devenir l’un des visages de la France nouvelle.
Deux ans et demi plus tard, la trajectoire s’est brisée. Prêté par le PSG à Tottenham cet été, l’attaquant de 27 ans n’a trouvé le chemin des filets qu’une seule fois en 26 matchs de Premier League. Muet en championnat depuis février, indésirable à Paris à son retour, sans club assuré pour la saison prochaine : le tableau est sombre. Deschamps n’avait aucune raison sportive de le sélectionner, et il ne l’a pas fait.
La France sans eux, et après ?
Ces absences disent quelque chose de l’état du football français : le vivier est si profond que des joueurs de premier rang peuvent en être exclus sans que la liste paraisse affaiblie. La France de Deschamps s’envole pour les États-Unis en tant que numéro un mondial au classement FIFA, avec un groupe où la concurrence fait la force.
Sénégal, Irak, Norvège : tel est le menu du premier tour. L’objectif, lui, n’a pas changé depuis 2018. Mais pour Camavinga, Thauvin et Kolo Muani, ce Mondial-là se vivra depuis un canapé.
Coupe du monde 2026 — du 11 juin au 19 juillet, aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

