Ce jeudi 14 mai, pendant que certains apprenaient leur exclusion, d’autres vivaient le soir de leur vie. Cinq joueurs, cinq trajectoires, une seule liste.
Il y a des listes qui se résument à leurs absents. Celle-là mérite qu’on s’attarde aussi sur les heureux. Car derrière les noms attendus — Mbappé, Dembélé, Tchouaméni — se cachent des histoires moins écrites, moins évidentes, et souvent plus belles. Voici celles de cinq élus du soir.
Robin Risser, le fils de vignerons qui part au Mondial
Il ne trouvait pas les mots. Contacté en direct par Didier Deschamps à l’antenne de TF1, Robin Risser a bredouillé qu’il ne réalisait pas encore. On le comprend. Il y a moins d’un an, le gardien de 21 ans évoluait encore en Ligue 2 avec le Red Star. Né à Colmar, fils de vignerons alsaciens, formé à Strasbourg, il a rejoint le RC Lens cet été pour 3 millions d’euros. Une saison plus tard, il est le meilleur gardien de Ligue 1 et il s’envole pour les États-Unis.
C’est RMC Sport qui avait dévoilé la tendance : Risser tenait la corde pour être le troisième gardien des Bleus, après avoir réalisé une saison exceptionnelle avec les Sang et Or. Le choix est assumé, il est logique — et il est magnifique.
Jean-Philippe Mateta, le rêve d’enfant exaucé
En 2024, alors que Deschamps préparait l’Euro, Mateta avait confié à L’Équipe : « Mon objectif ? Les Bleus ! Je ne le cache pas, je pense aux Bleus, à l’équipe de France, c’est mon objectif numéro un, mon rêve d’enfant. Je vais regarder l’annonce. » Il n’avait pas été pris. Il a continué.
C’est finalement en octobre 2025 qu’il a honoré sa première sélection, face à l’Azerbaïdjan. Ce soir, il figure dans la liste définitive pour la Coupe du monde. L’attaquant de Crystal Palace, vainqueur de la FA Cup, médaille d’argent aux JO de Paris, a fini par convaincre un Deschamps qui a loué son profil singulier : « Jean-Philippe Mateta est un profil différent par rapport aux autres joueurs. » Traduction : il coche des cases que personne d’autre ne coche.
Manu Koné, la révélation romaine
Depuis Rome, il a réagi en direct. La voix chargée d’émotion, le milieu de terrain de l’AS Roma a simplement dit : « C’est une très grande fierté, j’attendais ça depuis très longtemps. » Difficile d’en douter. Révélation de la saison en Serie A, Koné s’est imposé comme l’une des valeurs montantes de l’entrejeu français, au point de devenir indiscutable dans la liste finale. Il fait également partie des six vice-champions olympiques 2024 présents dans le groupe. Une génération qui arrive, et qui arrive vite.
Maxence Lacroix, la récompense d’un travail discret
Il ne fait pas de bruit. Il fait son travail. Excellent lors du match face à la Colombie en mars, Maxence Lacroix signe une belle saison à Crystal Palace — 52 matchs joués — et disputera la finale de la Ligue Europa Conference. Face aux candidats qui ont déçu ou laissé passer leur chance, lui a saisi la sienne. Il est entré dans l’histoire en mars en devenant le 950e joueur à porter le maillot de l’équipe de France. Ce soir, son nom figure parmi les 26 partants pour l’Amérique. Pour un défenseur central que la Ligue 1 a longtemps ignoré, c’est une belle revanche.
N’Golo Kanté, l’éternel
Il y a des joueurs que le temps n’abîme pas. N’Golo Kanté en est. À 35 ans, après des années de blessures, un exil saoudien à Al-Ittihad, un transfert hivernal à Fenerbahçe, le voilà de nouveau dans la liste des Bleus pour un Mondial. Il avait manqué sur blessure le Mondial 2022, où la France avait atteint la finale. Il sera là en 2026. Deschamps n’a jamais douté : « N’Golo Kanté est unique », a-t-il dit ce soir, soulignant son sourire à chaque moment de la journée.
« Je ne rêve pas simplement de disputer la Coupe du monde, je veux la gagner », avait-il confié à Téléfoot en novembre. Champion du monde 2018 en Russie, il veut un second étoile. À 35 ans, dans ce qui sera très probablement son dernier Mondial, N’Golo Kanté ne vient pas faire de la figuration. Il vient gagner.
Ce sont ces histoires-là, celles des convaincus, des persévérants, des rêveurs à long terme, qui donnent à chaque liste de Coupe du monde sa véritable saveur. Les Bleus s’envolent pour Boston le 29 mai. Ils emmèneront avec eux vingt-six histoires. Ces cinq-là valaient la peine d’être racontées.
Coupe du monde 2026 — du 11 juin au 19 juillet, aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

