Sixième au classement, à court d’argent et avec un vestiaire fracturé, l’Olympique de Marseille s’apprête à vivre le mercato estival le plus décisif de son histoire récente. Entre nécessité financière brutale et ambitions sportives contrariées, le club phocéen joue sa survie à moyen terme.
Il y a des moments dans la vie d’un club où les masques tombent. À Marseille, ce moment, c’est maintenant. Derrière la façade d’un club qui se rêve encore en puissance européenne, la réalité comptable est implacable : pertes nettes de 104 à 105 millions d’euros pour l’exercice 2024-2025, un déficit record confirmé par la DNCG et les rapports UEFA, essentiellement imputable à la crise des droits télévisés qui a ravagé les finances de la Ligue 1. Frank McCourt, propriétaire américain du club depuis 2016, a reçu le message cinq sur cinq. Cet été, l’OM devra vendre — massivement, brutalement, sans sentiment.
Une sixième place qui ne trompe personne
Regarder le classement de Ligue 1 à la loupe, c’est voir une image trompeuse. L’OM pointe certes à la sixième place avec 52 points après 29 journées (16 victoires, 4 nuls, 10 défaites), mais une récente claque encaissée à Lorient est venue révéler les failles profondes d’un groupe à bout de souffle. Le vestiaire est fracturé. Les séances d’entraînement ont été doublées dans l’urgence, le groupe mis au vert à la Commanderie avant un match décisif contre Nice au Vélodrome.
Au cœur de la tourmente : Habib Beye, arrivé sur le banc en février 2026 après les passages de Roberto De Zerbi et d’Abardonado, contesté par une partie du groupe. Dans les travées du club, on parle ouvertement de crise. L’ancien défenseur sénégalais doit absolument récolter des points pour espérer survivre à l’intersaison. Chaque journée qui passe ressemble à un sursis.
McCourt impose sa loi : 100 millions ou le chaos
C’est dans ce contexte explosif que Frank McCourt a posé ses conditions pour l’été. Selon des sources concordantes relayées par Footmarseillais et L’Équipe, le propriétaire américain exigerait un bilan net positif massif d’environ 100 millions d’euros de ventes pour stabiliser les finances — un chiffre non officialisé, mais qui circule comme une évidence dans les couloirs du club.
L’objectif affiché est un chiffre d’affaires de 240 millions d’euros, dopé par un accord de sponsoring en hausse et un nouveau bail de 15 ans sur le Vélodrome. Mais sans qualification en Ligue des Champions — l’OM a terminé 25e lors de la phase de ligue européenne cette saison —, l’équation devient vertigineuse. McCourt valorise pourtant le club à 1,2 milliard d’euros pour séduire d’éventuels investisseurs. Une valorisation ambitieuse, voire audacieuse, au regard des résultats actuels.
Un mercato déjà en mouvement : le dégraissage comme philosophie
Pour comprendre ce qui s’annonce, il faut regarder ce qui s’est déjà passé. Le bilan des transferts depuis un an dessine le portrait d’un club contraint de faire du trading sa philosophie de survie. En été 2025 : Luis Henrique parti à l’Inter Milan pour 23 millions, Rowe à Bologne pour 17 millions, Koné à Sassuolo pour 13 millions, Rabiot à l’AC Milan pour 10 millions. Côté dépenses, des paris comme Paixão (30 millions) ou Højbjerg (13,5 millions). L’hiver 2026 a confirmé la tendance : Vaz vendu à Rome pour 22 millions, Murillo cédé à Beşiktaş pour 6 millions.
Cet été, selon des rumeurs relayées par Sport.fr — à prendre avec précaution car non sourcées précisément —, une liste de 14 départs potentiels circulerait en interne. Quatorze. Un turnover qui transformerait le groupe en profondeur.
Le cas Greenwood : la décision impossible
Au centre de toutes les discussions, Mason Greenwood. L’attaquant anglais, meilleur buteur de l’OM toutes compétitions confondues avec 25 buts cette saison, est devenu l’actif le plus convoité du club. Le PSG observe, l’Atlético de Madrid aussi. Un jeu de dominos qui pourrait s’emballer à la première offre sérieuse.
Medhi Benatia, directeur du football marseillais, est confronté à une équation cornélienne : vendre Greenwood pour boucler le budget, ou le conserver pour prétendre à un top 3 en Ligue 1 synonyme de qualification en Ligue des Champions — seul scénario capable de changer structurellement les finances du club. Benatia, dont la position est elle-même fragilisée après un clash retentissant avec le vestiaire suite à la défaite à Lorient, joue sa crédibilité sur ce dossier. Sa tentative de démission, rapidement avortée, en dit long sur les tensions internes.
Une défense à reconstruire, une stratégie à inventer
Côté recrutement, l’urgence est défensive. Nadir Aguerd, blessé (pubalgie) jusqu’en mai, Samuel Gigot et Chancel Mbemba déjà partis, Medina et Pavard dans des situations contractuelles incertaines : la charnière centrale de l’OM ressemble à un chantier à ciel ouvert. Des pistes circulent — notamment des profils liés à l’entourage de la Juventus —, mais rien n’est formalisé. L’incertitude règne.
En attaque, outre Greenwood, le cas de Amine Gouiri préoccupe : plusieurs clubs de Ligue 1 seraient intéressés par le profil de l’international algérien. Si les deux attaquants partent, c’est toute l’ossature offensive qu’il faudra rebâtir.
L’été de tous les dangers
Pascal Dupraz a résumé l’état d’esprit du vestiaire avec sa brutalité habituelle : « Chacun pour sa gueule. » Trois mots qui en disent plus que n’importe quel communiqué officiel. L’OM traverse une crise de confiance collective, un problème de gouvernance et une impasse financière simultanément.
Le scénario optimiste existe : qualification européenne décroché in extremis, ventes intelligentes à hauteur de 100 millions, recrutement ciblé de deux défenseurs de standing. Le scénario pessimiste, lui, est simple : sans ventes suffisantes, la DNCG peut frapper, les meilleurs partent sans que les remplaçants arrivent, et la spirale s’emballe.
Entre les deux, il y a un été entier pour décider du visage que l’OM présentera en 2026-2027. Un été qui dira si Marseille peut encore prétendre jouer dans la cour des grands, ou si le club entre dans une période de transition douloureuse. La reconstruction ne sera pas belle. Mais elle est désormais inévitable.
Match décisif à venir : OM – Nice, journée 31, au Vélodrome (24-26 avril). Un tournant dans la course à l’Europe.

