Élu meilleur entraîneur de Ligue 1 aux Trophées UNFP, Pierre Sage a vécu une soirée de consécration personnelle. Mais le technicien lensois n’a pas oublié de penser à un autre. Avec une élégance rare, le coach du RC Lens a rendu un hommage appuyé à Habib Beye, entraîneur de l’OM sous pression, dont il fut l’adjoint pendant un an et demi au Red Star.
Le trophée dans les mains, les mots dans le cœur. Pierre Sage a été élu meilleur entraîneur de Ligue 1 lors de la cérémonie des Trophées UNFP, une récompense qui couronne une saison remarquable à la tête du RC Lens et qui consacre l’une des trajectoires les plus atypiques du football professionnel français. Mais dans un monde où les lauréats profitent souvent de la lumière pour briller seuls, le technicien lensois a choisi de partager sa soirée avec quelqu’un d’autre. Dès sa prise de parole, Sage a tenu à rendre hommage à Habib Beye, entraîneur de l’Olympique de Marseille qui traverse en ce moment une période difficile : « Je suis assez solidaire d’Habib par rapport à ce qu’il vit, par rapport à ce qu’on lui impose. » Une phrase courte, mais chargée de sens.
Le lien entre les deux hommes est fort et concret. Pierre Sage a été l’adjoint d’Habib Beye pendant un an et demi au Red Star, club de la banlieue parisienne dont l’ascension a marqué le football amateur et semi-professionnel français. Et le technicien lensois tient à remettre les choses dans leur contexte avec une honnêteté désarmante : « Le Red Star est monté l’année où je suis parti. Donc ils sont montés sans moi, ils n’ont pas eu besoin de moi pour monter, et Habib et le reste du staff ont fait un travail extraordinaire puisque les choses ont progressé d’année en année. » Un aveu de modestie rare dans le milieu, et un crédit accordé sans calcul à celui qui l’a formé comme adjoint et qui se retrouve aujourd’hui sur un siège éjectable à Marseille.
La solidarité de Pierre Sage envers Habib Beye dépasse le simple geste de politesse. Elle dit quelque chose de profond sur la condition des entraîneurs en Ligue 1, soumis à des pressions croissantes, des délais de plus en plus courts et des contextes institutionnels parfois ingrats. « Je pense très sincèrement que s’il continue à s’accrocher, si on lui laisse le temps, si les planètes s’alignent à un moment donné dans le bon sens pour lui, tout va aller », a poursuivi le meilleur coach de la saison. Avant de conclure avec ces mots qui résument tout : « Pour l’avoir côtoyé au quotidien, c’est à la fois une belle personne et un grand coach. » Ce soir-là, Pierre Sage a reçu un trophée. Mais c’est peut-être Habib Beye qui a reçu le plus beau des cadeaux.

