OM : la mise au vert punitive à la Commanderie était illégale, selon un avocat en droit du travail

Après la déroute à Nantes (3-0), la direction marseillaise a enfermé ses joueurs à la Commanderie pendant plusieurs jours. Une décision qui, selon un spécialiste du droit du travail, pourrait caractériser une forme de harcèlement — et exposer le club à de lourdes conséquences.

C’est une crise dans la crise. Alors que l’Olympique de Marseille traverse l’une des fins de saison les plus chaotiques de son histoire récente — septième de Ligue 1, éliminé de toutes les coupes, sans entraîneur confirmé — la direction a choisi la manière forte pour répondre à la gifle reçue à Nantes. Résultat : les joueurs ont été convoqués à la Commanderie dès le lundi suivant la défaite, et consignés sur place jusqu’à nouvel ordre. Une mise au vert prolongée, présentée comme une mesure disciplinaire. Un avocat spécialiste du droit du travail y voit tout autre chose.

Une restriction de liberté fondamentale

Pierre Vignal, avocat au barreau de Paris, a été interrogé par RMC Sport sur la légalité de cette décision. Son analyse est sans ambiguïté. Selon lui, l’OM se retrouve face à un problème juridique sérieux : empêcher des salariés de rentrer chez eux le soir, sans justification solide et proportionnée, constitue une atteinte directe à la liberté d’aller et venir. Or cette liberté est protégée par l’article L1121-1 du Code du travail — un texte qui ne prévoit aucune exception pour les clubs de football professionnels.

La justification sportive avancée par le club — remotiver un groupe en déroute — est jugée insuffisante sur le plan légal. La proportionnalité de la mesure, elle, est encore plus difficile à défendre. Pour l’avocat, si une telle pratique survenait dans n’importe quelle autre entreprise, elle serait qualifiée immédiatement de dégradation des conditions de travail. Dans le football, certaines choses passent encore entre les mailles du filet. Mais pas nécessairement celle-ci.

Le scénario juridique le plus redouté par l’OM

Le risque concret est clairement identifié. Si un joueur avait décidé de rentrer dormir chez lui et que le club l’avait sanctionné pour cela — financièrement ou contractuellement — l’OM se serait retrouvé dans une position intenable devant un tribunal des prud’hommes. Toute sanction dans ce contexte aurait pu être retournée contre le club, avec des conséquences potentiellement lourdes. C’est précisément pour éviter ce scénario que la direction a finalement levé la mise au vert, selon le journaliste Marc Mechenoua : pas par conviction, mais pour des raisons légales.

Un club dos au mur, même dans ses propres bureaux

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est moins la décision elle-même que ce qu’elle révèle de l’état interne du club. La mise au vert, outil traditionnel de cohésion dans le football, a ici été détournée en instrument punitif. Un signal de panique plus que de management. Et un signal reçu cinq sur cinq par des joueurs qui, selon toute vraisemblance, savaient pertinemment que leur employeur était dans l’illégalité — sans pour autant hausser la voix.

La mesure pourrait être reconduite après le match au Havre, dimanche. Cette fois, le club devra peut-être d’abord consulter son service juridique.