OM : coup de théâtre, McCourt ne veut plus vendre ! à moins que…

Alors qu’une information fait trembler le Vélodrome ce matin — Frank McCourt aurait mis un coup d’arrêt brutal aux discussions autour de l’Olympique de Marseille — la réalité, une fois décortiquée, s’avère bien plus complexe. Et bien plus révélatrice de la méthode d’un propriétaire américain qui a toujours préféré le brouillard à la clarté.

À 10h03 ce jeudi matin, le site Footmarseillais.com publie un titre lapidaire : « Mercato OM : Frank McCourt dit stop ! » L’information enflamme immédiatement les réseaux sociaux, les groupes de supporters, les fils d’actualité. Sauf qu’à y regarder de plus près, le contenu détaillé de cet article reste inaccessible dans les premières heures, et aucune source institutionnelle ni aucune déclaration officielle ne vient confirmer ce revirement présumé. Rumeur ? Interprétation hâtive ? Information solide ? À ce stade, le doute demeure entier.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette séquence chaotique illustre parfaitement la communication labyrinthique qui entoure l’avenir de l’OM depuis des mois. McCourt ne parle pas. McCourt laisse parler. Et pendant ce temps, tout le monde s’interroge.

Ce que l’on sait vraiment : la quête d’un partenaire, pas d’un acheteur

Pour comprendre ce qui se joue réellement au sommet de l’OM, il faut remonter aux informations recoupées et vérifiées des dernières semaines. La réalité du projet McCourt est loin du scénario d’une vente totale et immédiate.

Selon plusieurs sources concordantes datant de mi-avril, l’Américain évalue son club à 1,2 milliard d’euros — une valorisation jugée « délirante » par certains observateurs du marché, sachant qu’il avait raché le club en 2016 pour à peine 45 millions, avant d’y injecter environ 700 millions d’euros sans ramener le moindre titre. Sa démarche actuelle ne viserait pas une cession totale de ses parts, mais l’entrée d’un partenaire minoritaire à hauteur de 30 % du capital, soit une transaction avoisinant les 400 millions d’euros. L’objectif affiché : lever des fonds suffisants pour « passer au niveau supérieur », tout en conservant les rênes opérationnelles du club.

Autrement dit, McCourt veut de l’argent frais. Pas un successeur.


CMA CGM : l’alliance qui accroche

Dans ce dossier, un nom revient avec insistance depuis plusieurs semaines : celui de Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, le géant marseillais du transport maritime. L’homme d’affaires franco-libanais, dont l’empire pèse des dizaines de milliards de dollars, était apparu comme le candidat idéal — ancré localement, doté de ressources colossales, et potentiellement motivé par un investissement à forte visibilité symbolique.

Sauf que ce matin même, dès 8h00, une information venue contrecarrer l’emballement autour du « stop » de McCourt circulait déjà : les relations entre les deux hommes auraient connu un sérieux refroidissement. « Gros coup de froid avec Rodolphe Saadé », titrait-on. La nature exacte de ce désaccord n’est pas précisée, mais il suffit à rappeler que rien n’est acquis, et que les négociations, si elles existent, restent extrêmement volatiles.

D’autres pistes seraient également ouvertes en parallèle. McCourt aurait renoué le contact avec plusieurs investisseurs qui s’étaient montrés intéressés par le passé. Une annonce avait été évoquée autour du 10 avril, avant d’être différée — la conférence de presse du 11 avril s’étant finalement tenue sans aucune nouvelle sur ce front.


Stéphane Richard, ou l’art de préparer le terrain

Un autre signal fort mérite d’être décrypté : la nomination de Stéphane Richard à la présidence de l’OM, effective au 2 juillet prochain. L’ex-patron d’Orange, réputé pour ses compétences en gouvernance et assainissement financier, n’a pas été choisi par hasard ni à ce moment par hasard.

Pour de nombreux observateurs, cette arrivée marque une étape préparatoire classique avant une opération capitalistique majeure : on nettoie la maison, on la rend présentable, on clarifie les comptes — et ensuite on reçoit les prétendants. Dans cette lecture, le « stop » de ce matin serait moins un renoncement qu’un recadrage : McCourt ne vend pas dans la précipitation. Il vend — ou s’associe — dans les conditions qu’il choisit.


Un club en crise, une pression croissante

Derrière les manœuvres financières, il y a aussi le sport. Et le sport, ces derniers mois, n’a pas plaidé en faveur d’une valorisation à 1,2 milliard. Élimination en Ligue des Champions, humiliation 5-0 face au PSG, limogeage de Roberto De Zerbi en cours de saison, démission puis retour de Medhi Benatia à la direction sportive : le bilan est sombre.

McCourt réorganise pourtant. Des noms circulent pour le poste de directeur sportif — des profils comme Giuntoli ou Mitchell seraient dans les radars. La levée de l’option d’achat de Medina pour 18 millions d’euros auprès de Lens témoigne d’une volonté de ne pas laisser le mercato en jachère. Mais les supporters, eux, attendent autre chose : une vision, un projet, et surtout, une sortie de cette zone grise permanente.


Le flou comme instrument de pouvoir

Frank McCourt a toujours gouverné l’OM dans une forme d’opacité calculée. « Pas à vendre » déclarait-il officiellement, avant de laisser filtrer via le JDD, en mars dernier, que le « moment était venu d’entamer un processus ». Puis silence. Puis des rumeurs. Puis un « stop ». Puis un « coup de froid ». Le tout en l’espace de quelques semaines.

Cette valse des signaux contradictoires n’est peut-être pas le signe d’un dirigeant dépassé par les événements. Elle ressemble davantage à la stratégie d’un négociateur aguerri qui maintient la pression sur plusieurs interlocuteurs à la fois, refuse de se laisser enfermer dans un agenda imposé, et préserve coûte que coûte sa marge de manœuvre.

La situation, au 16 avril 2026, est donc celle-ci : aucune décision finale n’a été prise. Ni vente, ni abandon de vente. L’OM reste dans l’entre-deux — cette zone inconfortable mais familière que son propriétaire américain semble avoir érigée en méthode de management.

La prochaine échéance ? La fin de saison. Et d’ici là, tout peut encore basculer.