Avant d’être deux rivaux de la capitale, le Paris Saint-Germain et le Paris FC n’en formaient qu’un seul club. Entre 1970 et 1972, cette union éphémère, née d’un projet politique autant que sportif, a façonné l’histoire du football parisien.
Un derby pour raviver la mémoire. Huit jours après leur affrontement en Ligue 1, le PSG et le Paris FC se retrouvent cette fois en Coupe de France, à deux pas l’un de l’autre — 44 mètres exactement séparent le Parc des Princes du stade Jean-Bouin. Mais avant d’être adversaires, ils furent partenaires, unis sous une même bannière : celle du Paris Saint-Germain Football Club, né à l’été 1970 d’une idée aussi ambitieuse que politique.
Paris voulait enfin son grand club
À la fin des années 1960, la capitale française faisait figure d’exception. Tandis que Reims, Saint-Étienne ou Nantes dominaient la scène nationale, Paris n’avait toujours pas de club en première division. Pour combler ce vide, la Fédération française de football lança un grand référendum en février 1969 : près de 60 000 Parisiens votèrent pour la création d’une équipe professionnelle.
De cette initiative naquit le Paris Football Club, porté par le dirigeant Guy Crescent et inspiré du modèle des socios de Santiago Bernabéu, président du Real Madrid. Dix mille Parisiens répondirent à l’appel, quatre millions de francs furent levés, mais il manquait l’essentiel : une équipe. C’est alors que le PFC se tourna vers le Stade Saint-Germanois, club solide et structuré de la région francilienne. L’union fut scellée en 1970 : le Paris Saint-Germain Football Club venait de voir le jour.
Une fusion d’abord politique
« Paris avait l’argent, Saint-Germain avait la structure », résume Michel Prost, ancien attaquant du club de Saint-Germain-en-Laye, promu en D2 à l’époque. « Cette fusion, c’était une idée politique. »
L’objectif était clair : propulser la capitale dans l’élite. Pour cela, le PSGFC s’offrait de grands noms — Jean Djorkaeff, Jean-Claude Bras ou Roland Mitoraj — et visait la montée immédiate. Mission accomplie : dès la première saison, le club accède à la D1 en battant Rouen, invaincu jusque-là. À ce moment-là, même Pelé fut approché pour rejoindre le projet, preuve de la démesure du rêve parisien.
Mais ce rêve allait vite se heurter aux réalités politiques locales.
Quand la politique fait exploser le rêve
En 1972, alors que le Parc des Princes s’apprête à rouvrir ses portes, les tensions montent entre la mairie de Paris et la direction du club. L’Hôtel de Ville, qui subventionne le PSGFC, impose une condition : l’argent continuera à couler… à condition que le club ne porte que le nom de « Paris ».
« Il dérangeait que le projet soit associé à la banlieue », raconte l’auteur Julien Froment. La fameuse “nuit du Méridien”, le 16 mai 1972, scella le divorce : le Paris FC conserva la place en première division, tandis que le Paris Saint-Germain, amputé de sa moitié parisienne, repartait en troisième.
« Quand la politique se mêle du sport, ça met souvent le bazar, et c’est ce qui s’est passé », confie encore Michel Prost. Certains joueurs restèrent avec le PFC pour préserver leur carrière professionnelle, d’autres repartirent à zéro avec le PSG renaissant.
Deux destins opposés, une même racine
Les chemins se sont ensuite inversés : en 1974, le PSG de Daniel Hechter retrouvait la D1, pendant que le Paris FC descendait. Leurs destins divergents ont façonné deux visages du football parisien : l’un, symbole de la réussite et du prestige ; l’autre, miroir d’un Paris plus modeste, mais tout aussi historique.
Plus d’un demi-siècle plus tard, les deux clubs se retrouvent de nouveau face à face. Une histoire de séparation, de rivalité… mais surtout d’unité oubliée. Car avant d’être deux, le PSG et le Paris FC ne faisaient qu’un — le temps d’un rêve politique et sportif né au cœur des années 70.

