La menace réelle d’une exclusion européenne plane sur Marseille

À Marseille, on rêve d’Europe. Mais l’Europe, justement, pourrait bien se refermer sur l’Olympique de Marseille avant même que le club n’ait eu la chance d’y participer.

Derrière les résultats sportifs décevants — dont la gifle reçue à Nantes samedi (0-3) — se cache une crise financière silencieuse mais potentiellement dévastatrice, instruite en coulisses par l’UEFA elle-même.

Un accord signé, des engagements non tenus

Tout remonte à 2022. Sous contrôle financier renforcé depuis plusieurs saisons, l’OM avait conclu un accord avec l’UEFA dans le cadre du fair-play financier pour éviter des sanctions immédiates. La feuille de route était claire : revenir progressivement à l’équilibre sur trois exercices, avec un plafond de pertes fixé à 60 millions d’euros. Quatre ans plus tard, le bilan est sans appel. Selon les informations de L’Équipe, le club présidé par Frank McCourt affiche près de 157 millions d’euros de pertes nettes sur la période concernée — soit plus du double du seuil autorisé. Pire encore, le seul exercice 2024-2025 concentre un déficit abyssal de 105 millions d’euros, un chiffre qui donne le vertige même après les ajustements comptables que l’UEFA autorise dans son calcul.

McCourt mise sur l’argument des droits TV

Face à cette situation, la direction marseillaise ne reste pas sans réponse. Frank McCourt a tenté, lors de la présentation du nouveau président Stéphane Richard le 10 avril dernier, d’expliquer le contexte structurel qui a plombé les finances du club. L’effondrement des droits télévisés en Ligue 1 — une crise sans précédent qui a touché l’ensemble du football français — est au cœur de l’argumentaire marseillais. Le propriétaire américain espère que l’UEFA prendra en compte ce panorama médiatique inédit pour atténuer la sévérité de son jugement. Un contexte que personne ne conteste, mais qui ne suffit pas mécaniquement à effacer 157 millions d’euros de rouge dans les comptes.

Trois scénarios, du plus clément au plus brutal

Le dossier doit être examiné par le comité de contrôle financier des clubs de l’UEFA d’ici la fin du mois de mai. Trois issues sont envisageables. La plus douce : une amende financière assortie d’obligations de résultat renforcées pour les saisons à venir. La médiane : une limitation du nombre de joueurs inscrits en compétition européenne, ce qui handicaperait sérieusement la capacité du club à rivaliser sur la scène continentale. La plus sévère — et la plus redoutée — : une exclusion pure et simple de la prochaine campagne européenne de l’OM, quelle que soit sa qualification sportive.

Le cruel paradoxe d’une qualification inutile

C’est là que réside le scénario le plus cruel. Sur le plan sportif, l’OM doit encore accomplir un parcours sans faute en fin de saison, espérer des faux pas de ses concurrents directs, ou compter sur une victoire de Lens face à Nice en finale de Coupe de France pour décrocher un billet européen. Un enchaînement d’événements déjà improbable. Mais si ce miracle venait à se produire, Marseille pourrait se retrouver qualifié… sans le droit de jouer. Se battre jusqu’au bout pour une place dont on ne peut pas profiter : l’image résume à elle seule l’état de délabrement institutionnel d’un club qui tourne en roue libre depuis trop longtemps.

Pour des supporters marseillais habitués aux montagnes russes émotionnelles, ce dénouement serait une désillusion supplémentaire. Et cette fois, elle ne viendrait pas du terrain.