L’argent n’achète pas la cohérence. L’AS Saint-Étienne en fait l’expérience douloureuse depuis l’arrivée de Kilmer Sports.
Le club stéphanois est aujourd’hui l’un des plus dépensiers de Ligue 2 en termes de recrutement pur — et pourtant, sur le terrain, le bilan laisse un goût amer. Une équation qui cristallise les frustrations d’un vestiaire, d’un staff et surtout d’un peuple vert impatient de retrouver l’élite.
Une enveloppe XXL pour un club de deuxième division
Depuis que Kilmer Sports Ventures a pris les rênes du club, l’ASSE a engagé entre 40 et 50 millions d’euros sur deux fenêtres de recrutement consécutives. Environ 23 millions d’abord, pour remodeler l’effectif après la relégation. Puis une nouvelle enveloppe d’une vingtaine de millions à l’été 2025, pour construire le groupe censé ramener le club en Ligue 1 dans les plus brefs délais. À l’échelle de la deuxième division française, ces chiffres sont tout simplement hors norme.
La défense : le chantier qui coûte et qui fuit
Le poste le plus ciblé — et le plus symbolique des errements du mercato — reste la défense. Environ 25 millions d’euros concentrés sur ce secteur en une seule fenêtre, avec six recrues dédiées : Bernauer, Lamba, Annan, Ferreira, Stojkovic, Traoré, pour un total avoisinant les 16,5 millions. L’intention était claire : corriger la fragilité structurelle qui avait précipité la chute en Ligue 2. Le résultat, lui, l’est moins. Les buts encaissés sont restés élevés, le bloc défensif ne s’est pas structuré comme attendu en début de saison 2025-2026. Beaucoup d’argent, pas assez de ciment.
Des individualités, pas un système
Ce serait injuste de tout noircir. Certaines recrues stéphanoises ont convaincu. Zuriko Davitashvili et Lucas Stassin ont affiché des statistiques de buteur séduisantes. Chico Lamba, Irvin Cardona, Pierre Ekwah ou Maxime Bernauer ont également été cités positivement par la presse spécialisée. Mais le tout ne fait pas système — et c’est précisément là que le bât blesse.
Le reproche formulé par les observateurs est cinglant : l’ASSE a recruté vite, beaucoup, sans nécessairement disposer d’une vision claire du schéma global à mettre en place. Défense, milieu, attaque — les pièces du puzzle semblent avoir été assemblées dans l’urgence plutôt que dans la cohérence. Certaines cibles, coûteuses sur le papier, sont restées des renforts d’appoint là où le club attendait des éléments structurants.
Le paradoxe Kilmer
La propriété américaine n’est pourtant pas sans atouts. Kilmer Sports Ventures figure dans le top 10 des propriétaires les plus capitalisés du football français. Et quelques recrues — Stassin, Davitashvili en tête — ont vu leur valeur marchande progresser, offrant au club des marges de manœuvre potentielles pour le mercato estival 2026.
Mais le sentiment qui domine reste celui d’une frustration collective. Les supporters stéphanois n’ont pas attendu des miracles financiers. Ils attendaient un projet lisible. Et c’est précisément ce que l’argent seul, mal orienté, ne peut pas acheter.
L’été 2026 sera scruté comme un examen de passage. Pour Kilmer, pour le staff, pour le recrutement. L’ASSE a les moyens de bien faire. Il lui reste à en trouver la méthode.

