Le peloton s’interrogeait sur la capacité du rouleur néerlandais à tenir bon dans la dernière semaine très montagneuse du Giro. Grand par la taille (1,86 m), Tom Dumoulin a surmonté les obstacles pour remporter le Tour d’Italie. Son style n’est pas sans rappeler un certain Miguel Indurain.

Professionnel depuis 2012, Tom Dumoulin débute dans la formation qui deviendra Sunweb, son équipe actuelle. Il participe pour la première fois au Tour de France l’année suivante (dans les dix premiers des deux contre-la-montre) et enlève sa première victoire en 2014, en Corse, dans le contre-la-montre du Critérium international. Le chrono, sa spécialité d’origine qui lui a permis de gagner dimanche à Milan le Giro. L’an passé, seul le Suisse Fabian Cancellara l’a devancé pour l’or olympique à Rio. Depuis le Tour de Suisse 2015, Dumoulin s’est découvert des possibilités en montagne. Il a cédé in extremis, à la veille de l’arrivée, dans la Vuelta 2015 (6e finalement) et a continué à suivre une trajectoire ascendante, compte tenu de son choix de privilégier le contre-la-montre pour les JO de 2016. J’ai seulement perdu un peu de poids (3 kg), affirme-t-il, et j’ai privilégié l’entraînement en altitude par rapport aux courses.

En tout cas, le Néerlandais a conscience de ses qualités. Son amertume était palpable à l’arrivée au Blockhaus (9e étape). Il venait de perdre son compatriote Wilco Kelderman dans la chute due à une moto des carabiniers. Et avec lui, son coéquipier le plus sûr pour la montagne. Sans Kelderman, l’équipe Sunweb s’en remettait à trois coureurs (Ten Dam, Geschke, Preidler). C’est peu en prévision des enchaînements de cols et des traversées des vallées. Dumoulin devait compter sur sa finesse tactique, jouer avec les alliances, miser sur les intérêts de chaque équipe pour s’imposer.

Le natif de Maastricht a rivalisé au Blockhaus et assommé ses adversaires à Oropa. Deux montées pentues mais sèches, venues à la fin d’étapes courtes. Oropa me convenait parfaitement, a reconnu Dumoulin, qui a développé une puissance exceptionnelle dans cette ascension de près de 12 kilomètres (à 6,2 %). Le numéro du grand rouleur venu des Pays-Bas a impressionné et étonné ses adversaires. Je suis surpris, il est meilleur grimpeur que nous l’imaginions, a reconnu Quintana, lundi, lors de la journée de repos. Les chiffres par rapport à la performance ahurissante de Marco Pantani en 1999 diffèrent selon les pointages de chronométrage. Il reste que Dumoulin, comparé par ses caractéristiques à Miguel Indurain (le quintuple vainqueur du Tour entre 1991 et 1995), a approché les temps de Pantani, réalisés à l’époque de l’EPO.

Sa prestation est physiologiquement compatible avec les valeurs qu’il exprime dans le contre-la-montre: une Ferrari peut aussi aller vite sur une montée, estime Fabrizio Tacchino, le formateur des techniciens italiens, dans la Corriere della Sera. Il avance plusieurs explications sur le Néerlandais. Entre autres, sa perte de poids menée intelligemment par Dumoulin depuis la Vuelta 2015, qu’il avait ratée de peu, et le facteur météo très favorable du Giro (pas de pluie, peu de vent, température clémente). Il pensait également que le coureur de Sunweb serait en difficulté en haute altitude ou lors d’étapes avec deux-trois grandes montées à la suite. Un physique comme celui de Dumoulin, avec un système immunitaire à la limite, peut être mis en difficulté par des attaques importantes, ou même céder brusquement. Mais, ajoute-t-il, si ses adversaires ne tentent pas le tout pour le tout, Dumoulin gagnera. Ce scénario imaginaire s’est réalisé.

Tom Dumoulin, la métamorphose