Laurent Fignon : le dernier romantique du peloton

Laurent Fignon restera à jamais une figure emblématique du cyclisme français. À la fois talentueux, charismatique et parfois controversé, il a marqué de son empreinte les années 1980 par ses exploits, son style unique et une rivalité légendaire avec les plus grands noms du peloton.

Les débuts prometteurs d’un champion

Né le 12 août 1960 à Montmartre, à Paris, Laurent Fignon découvre le cyclisme à l’adolescence. Rapidement repéré pour ses capacités physiques et son intelligence de course, il rejoint l’équipe Renault-Elf dirigée par Cyrille Guimard et y côtoie Bernard Hinault, une autre légende du vélo français. Sa progression est fulgurante.

À seulement 22 ans, il remporte le Tour de France 1983, profitant de l’absence d’Hinault blessé. Ce succès précoce fait de lui le nouvel espoir du cyclisme tricolore. L’année suivante, il confirme en s’imposant de nouveau sur la Grande Boucle, cette fois face à une concurrence de très haut niveau.

La rivalité avec LeMond et la tragédie de 1989

Après quelques saisons perturbées par les blessures, Fignon revient au plus haut niveau en 1989. Cette année-là, il livre un duel d’anthologie avec l’Américain Greg LeMond lors du Tour de France. Le combat se joue jusqu’à la dernière étape, un contre-la-montre entre Versailles et Paris. Alors qu’il porte le maillot jaune le matin même, Fignon est battu pour 8 secondes — le plus petit écart de l’histoire du Tour.

Cette défaite cruelle, malgré son panache, restera l’un des moments les plus marquants de sa carrière et de l’histoire du cyclisme.

Un coureur à part

Laurent Fignon n’était pas seulement un coureur de talent, c’était aussi une personnalité forte. Intellectuel, parfois jugé distant ou arrogant, il aimait cultiver sa différence : lunettes rondes, mèches blondes, franc-parler. Il revendiquait un cyclisme réfléchi, où l’attaque devait primer sur la gestion.

Outre ses deux Tours de France, il a remporté de nombreuses autres courses prestigieuses : le Giro en 1989, Milan-San Remo à deux reprises (1988 et 1989), la Flèche Wallonne (1986) ou encore un titre de champion de France (1984).

Une reconversion réussie et une fin de vie marquante

Après avoir pris sa retraite sportive en 1993, Fignon devient directeur de courses puis consultant pour France Télévisions, où il se distingue par ses analyses pointues et sans langue de bois. Sa voix et son regard critique apportent un souffle nouveau aux retransmissions du Tour.

En 2009, il révèle être atteint d’un cancer des voies digestives. Malgré la maladie, il continue son travail de consultant, commentant même le Tour 2010. Il décède le 31 août 2010, à 50 ans.

Un héritage intact

Laurent Fignon a incarné une certaine idée du cyclisme : celle du courage, de la classe, de l’audace. S’il a parfois divisé, il a toujours fasciné. Son duel perdu de 1989, loin d’entacher sa légende, l’a inscrit pour toujours dans l’histoire du sport comme l’un de ses plus grands combattants.