Ce dimanche, Philippe Gilbert a remporté la course de Paris-Roubaix, juste devant Nils Politt. A 36 ans, le Belge a signé une magnifique performance et revient sur cette victoire en répondant aux questions des journalistes.

 

Expliquez-nous votre transformation en coureur de pavés ? 

“A la base, j’ai des qualités de puncheur, plus adéquates pour Liège (-Bastogne-Liège), l’Amstel, la Lombardie. J’en ai profité dans la première partie de ma carrière pour essayer de gagner ces courses qui me conviennent. Après j’ai fait le pari un peu osé de travailler différemment, de rejoindre l’équipe de Patrick Lefevere qui est la numéro un pour ce genre de classiques. C’était un peu fou ! J’y suis arrivé en gagnant le Tour des Flandres la première année, Paris-Roubaix la troisième année. J’avais raison de faire ce pari. C’est important de gagner des courses différentes, de se fixer de nouveaux objectifs. Dans la vie, on a besoin de challenges.” 

 

Qu’avez-vous tiré de votre abandon du Tour des Flandres ? 

“Cela m’a donné un esprit de revanche. J’avais travaillé dur et la forme était là après Harelbeke (E3) et Gand-Wevelgem, le jeu d’équipe avait fait que j’étais en deuxième rideau mais je montais en puissance. Devoir abandonner le Tour des Flandres, une course qui me tient à coeur, était difficile. Je n’avais pas dormi la nuit précédente, j’étais complètement vide, je ne sais combien de kilos j’avais perdu pendant la nuit. J’ai bien vu que ça ne servait à rien. J’ai arrêté, je me suis reposé, j’ai essayé de guérir. J’ai repris le vélo mercredi, une sortie de six heures dans l’arrière-pays niçois avec beaucoup de dénivelé, j’ai besoin de préparer mes courses en montagne même pour Paris-Roubaix. Je sentais que la forme revenait et ça m’a donné confiance.” 

 

Avez-vous été surpris de voir Sagan céder ? 

“Il est difficile à lire, on ne voit pas à sa façon de pédaler, à son visage, s’il est bien ou pas. Il faut oser le pousser à bout, mais beaucoup de coureurs n’osent pas. Quand on a un palmarès, une certaine aisance sur le vélo, on impressionne. J’ai eu le mérite d’essayer. Aujourd’hui, on a été très vite par moments, on a tapé dedans. C’est comme ça qu’on peut faire plier un coureur. Il fallait oser. Ma tactique n’était pas uniquement par rapport à Sagan, je voulais me dégager du groupe. Avec Politt, c’était super.” 

Pourquoi Politt ? 

“Je le connais bien. L’an dernier on était déjà parti ensemble après la Tranchée d’Arenberg. Dans la saison, je me suis retrouvé plusieurs fois avec lui dans des échappées. Il est comme moi, il est généreux, il ne calcule pas. On prenait les relais à 100 %, c’est ce qui nous a permis de faire la différence. On méritait tous les deux la victoire.” 

 

Quelle place donnez-vous à Paris-Roubaix dans votre palmarès ? 

“C’est difficile à dire. J’attache beaucoup d’importance au panache. Quand j’étais jeune, j’aimais voir Johan Museeuw, Michele Bartoli, qui attaquaient de loin… Ils n’attendaient pas. J’ai essayé de copier cette façon de courir. J’ai gagné sur des attaques au long cours, en Lombardie, au Tour des Flandres. Ici, j’ai essayé de reproduire la même chose, c’est comme ça que je m’en sors le mieux.” 

 

Quel est votre prochain but ? La course des JO de Tokyo ?

“Si le profil du parcours est exact, je regarderai la course à la télé. Non, il reste l’Amstel Gold Race, Liège, et ça suffira. Il ne faut pas regarder trop loin mais profiter de la forme. C’est réalisable. Dès demain  (lundi), je commencerai à travailler pour les Ardennaises, je serai en confiance.”