Récent champion du monde de biathlon ce mercredi sur la piste d’Anterselva, Martin Fourcade est revenu sur cette magnifique victoire. Il livre ses premières réactions.

Qu’est-ce que ça signifie pour vous d’égaler le record de Bjoerndalen ?

“J’ai beaucoup répété que je n’ai jamais fait du sport pour être dans les livres d’histoire ou la marquer tout simplement. J’ai fait ça parce que j’aimais cette sensation de glisse, ce sport qui me poussait à me dépasser, cet environnement aussi qui me tient à coeur. On ne peut être que fier de rejoindre Bjoerndalen en tant qu’athlète le plus titré aux Championnats du monde. J’espère sincèrement que ce record sera battu le plus vite possible, parce que ça voudra dire que j’aurais couru et battu pendant ma carrière celui qui aura battu ce record. Je ne pense pas à long terme. J’ai juste envie de me faire plaisir et d’être le meilleur de moi-même chaque jour. Je n’ai vraiment aucune ambition de marquer l’histoire.

J’adore gagner et ensuite passer à autre chose et rentrer à la maison. Regarder les infos et me rendre compte que ce n’est que du sport. J’ai une chance énorme de vivre cette aventure avec une telle équipe. J’ai ce détachement par rapport à ça, par rapport à l’histoire du sport. Bien sûr, on met notre vie sur la piste et le pas de tir mais, une fois que la compétition est terminée, je pense qu’il faut avoir l’intelligence et le recul pour se rendre compte que ce n’est que du sport.”

On vous a rarement vu aussi ému après une victoire…

“J’ai galéré l’an passé, j’ai souffert, j’ai beaucoup pris sur moi. Ce n’est jamais drôle quand on est sur le devant de la scène de ne pas arriver à faire ce que l’on attend de nous. J’ai eu une chance inouïe que mes 10 premières années de carrière soient un rêve. Je gagnais beaucoup et quand je ne gagnais pas, je réussissais à rebondir. Ce monde-là s’est écroulé l’an dernier. Mon corps et mon esprit étaient vides et je n’arrivais à pas retrouver les repères qui avaient fait de moi un bon sportif. Cela a été une grosse période de remise en question, de doute. J’ai cru que je n’arriverai pas à revenir.”

Vous avez vraiment pris votre temps sur le dernier tir. Pourquoi ?

“Aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’y a pas de plan prédéfini à la base. C’est le moment qui me guide. J’ai senti que j’avais besoin de ce temps pour sécuriser mes tirs, me sentir fort. C’est une grande fierté de gagner avec ce type de stratégie. Quand je discute avec les jeunes, ils sont souvent impressionnés par des tirs debout en 20-24 secondes où toutes les cibles tombent. Mais c’est une partie du biathlon et la situation où on est sur le pas de tir avec les jambes qui tremblent et où on joue un titre de champion du monde ou un titre olympique, on va la rencontrer une fois dans sa carrière. Et pour la maîtriser, il faut l’avoir travaillée autant que le tir en 24 secondes qui fait rêver les jeunes. Il n’y a pas de stéréotype pour gagner.” 

Vous êtes passé par toutes les émotions après votre dernière balle manquée…

“Il y avait beaucoup de colère car j’avais la possibilité de décider seul du résultat de la course. Forcément en ouvrant cette porte sur le dernier tour, j’avais un peu d’inquiétude que Johannes (Boe) l’ouvre en grand. J’aurais aimé m’épargner ce moment d’incertitude. Peut-être un peu comme sur la mass start des JO de Pyeongchang (1er à la photo-finish en 2018, ndlr), je tape du bâton. Je sais qu’il y a une porte ouverte, que la situation n’est pas tournée de mon côté et ça, c’est toujours frustrant quand on a la possibilité de décider du résultat.”

Propos recueillis en conférence de presse