Elle aurait pu se contenter de regarder les jeunes générations s’illustrer. Mais Mélina Robert-Michon n’est pas de celles qui s’effacent.
Jeudi 9 avril, sur la piste de Ramona, dans le cœur rural de l’Oklahoma, la discobole française a expédié son disque à 65,96 mètres — son meilleur résultat depuis neuf ans. Une performance qui, à 46 ans, force le respect et relance un peu plus le débat sur la longévité exceptionnelle de l’athlète.
Pour mesurer l’ampleur de l’exploit, il faut remonter dans les archives. Seuls trois concours de sa longue carrière ont été plus lointains : sa médaille d’argent aux Jeux olympiques de Rio en 2016 (66,73 m), son podium mondial à Moscou en 2013 (66,28 m), et sa troisième place aux Championnats du monde de Londres en 2017 (66,21 m). Autrement dit, Robert-Michon a signé jeudi le quatrième meilleur jet de toute sa vie sportive, et le meilleur depuis que Donald Trump entamait son premier mandat.
Quelques jours plus tôt, dès dimanche, elle avait déjà frappé fort sur ce même site en établissant à 64,63 mètres l’officieux record du monde des athlètes de 45 ans et plus. Elle vient de le repousser encore, avec une aisance déconcertante.
Porte-drapeau de la délégation française lors des Jeux de Paris 2024, celle qui fêtera ses 47 ans en juillet prochain n’a pas terminé sur le podium jeudi — la Néerlandaise Jorinde Van Klinken a dominé le concours avec un impressionnant 68,98 mètres — mais elle a devancé la double championne olympique américaine Valarie Sion, créditée de 65,18 mètres.
Ramona, village de quelques centaines d’âmes perdu dans les plaines de l’Oklahoma, est devenu en quelques années un spot incontournable pour les lanceurs d’élite. Ses conditions de vent particulièrement favorables attirent chaque printemps la crème mondiale de la discipline. En 2024 et 2025, le Lituanien Mykolas Alekna y avait repoussé par deux fois le record du monde masculin, jusqu’à 75,56 mètres. Jeudi, chez les hommes, l’Australien Matthew Denny s’est imposé avec 74,04 mètres — le septième meilleur lancer de l’histoire — devant l’Allemand Steven Richter (74,00 m).
Un village magique, une championne intemporelle. Ramona a encore frappé.

