La finale du Top 14 entre Toulon et Castres, ce soir au Stade de France (21h00), réédition de l’affiche de la saison dernière, est une opposition entre deux modèles économiques : le rugby-business axé sur un recrutement international pour le RCT de Mourad Boudjellal, contre un ancrage local très fort pour le CO des Laboratoires Pierre Fabre.

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On prend les mêmes et on recommence ! Comme la saison dernière, le RC Toulon et le Castres Olympique s’affrontent en finale du Top 14. Et comme l’an dernier, Toulon est champion d’Europe et ultra favori, mais Castres a enchaîné les surprises en barrages et tient à perpétuer la tradition en finale ! Quelques changements, toutefois, par rapport à la saison dernière. Castres a changé d’entraîneurs et son emblématique mécène Pierre Fabre est symboliquement décédé en juillet dernier, quelques semaines après le sacre. Quant au Toulon de Mourad Boudjellal, il s’est encore un peu plus renforcé, pour devenir l’incontestable meilleur club d’Europe. Penchons-nous sur les modèles économiques respectifs de ces deux clubs atypiques.

La méthode Boudjellal : faire de ses rêves une réalité

Personnage excentrique et excessif s’il en est, Mourad Boudjellal est aussi et avant tout un redoutable homme d’affaires. De père algérien et de mère arménienne, le natif de la petite commune d’Ollioules, dans le Var, aujourd’hui âgé de 53 ans, a fait fortune dans le secteur des Bandes Dessinées. Dès 1989, il crée la société Soleil Éditions, qui enchaînera les succès commerciaux en misant notamment sur les rééditions des albums de Rahan, Tarzan ou Mandrake le magicien. Cette société, qu’il a revendue en 2011, réalise aujourd’hui plus de 40 millions de chiffre d’affaires et est le troisième éditeur francophone de bandes dessinées.

Boudjellal se consacre désormais à temps plein à sa deuxième passion, le rugby. D’abord sponsor du RC Toulon via Soleil Editions, il a repris le club en 2006. Rétrogradé en Pro D2, le RCT est au bord de la faillite. Boudjellal voit les choses en grand. Il injecte un budget digne du 15e club de Top 14 et recrute une pléiade de joueurs confirmés, dont la superstar du moment, le Néo-Zélandais Tana Umaga. Pour cette première saison de l’ère Boudjellal, Toulon échoue en demi-finale d’accession. Alors le mécène procède à un recrutement plus spectaculaire encore pour la saison 2007-2008 ! Le légendaire Andrew Mehrtens, recordman points avec les All Blacks, Anton Oliver, capitaine de la Nouvelle-Zélande à 10 reprises, ou encore Victor Matfield, qui vient d’être élu meilleur joueur du monde, sont de ceux-là ! Avec un tel effectif, Toulon écrase la Pro D2 et se hisse logiquement dans le Top 14.

De retour dans l’élite, Boudjellal augmente année après année le budget du club, le portant cette saison à 23 millions d’euros, en restant néanmoins à distance respectable du Stade Toulousain et ses 35 millions d’euros. Le stade Mayol est plein, les sponsors affluent et le club délocalise ses meilleurs affichent dans des stades de grande capacité, comme le Stade Vélodrome de Marseille ou, plus récemment, l’Allianz Riviera de Nice.

Il faut toutefois attendre la saison de 2009-2010 pour que le RCT se hisse tout en haut de l’affiche. L’arrivée du manager Philippe Saint-André – aujourd’hui en charge du XV de France et remplacé par Bernard Laporte – et surtout de l’ouvreur anglais Jonny Wilkinson – qui prend sa retraite – ont fait la différence. Le RC Toulon a atteint la finale du championnat de France en 2012, 2013 et 2014, et a remporté deux Coupes d’Europe en 2013 et 2014.

Paradoxalement, Toulon n’est toujours pas le premier budget de France, même si quelques détracteurs remettent en cause celui-ci, pointant l’incohérence entre la richesse de l’effectif et le budget affiché. Mais la donne pourrait changer la saison prochaine avec l’arrivée de nouveaux droits TV issus de la réforme de la Coupe d’Europe et avec le recrutement annoncé des Quatre Fantastiques du rugby mondial, comprenez les quatre meilleurs joueurs actuellement en activité. Une expression issue d’un titre de BD. Mourad Boudjellal est un éternel rêveur…

A Castres, même le centre d’entraînement appartient aux Laboratoires

Le Castres Olympique n’est pas exactement le petit poucet du championnat de France. Certes, face à l’ogre RC Toulon qui vient de défendre victorieusement son titre de champion d’Europe, le club du Tarn fait figure d’outsider. Mais sur le plan économique, le CO a longtemps fait partie des formations les mieux armées du championnat grâce aux largesses de Pierre Fabre et des subsides qu’il a apportés en tant que mécène et sponsor du club.

C’est ainsi que malgré une population de seulement 43.000 habitants, Castres peut tenir la dragée haute aux équipes issues de grandes agglomérations, comme Toulon, Clermont, Montpellier, ou encore Toulouse et le Racing-Métro, nouveau premier club d’Ile-de-France devant le Stade Français.

Le groupe pharmaceutique Pierre Fabre pèse 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires… et il se trouve que son fondateur, décédé le 20 juillet 2013, a été toute sa vie un grand amoureux de rugby. Le premier employeur du Tarn (2.600 employés sur un bassin de 380.000 habitants), revendique depuis toujours une politique d’ancrage local dont le CO est le symbole. Castres dispose également d’un Musée Goya et d’un aéroport partagé avec Mazamet. Là encore grâce aux Laboratoires Pierre Fabre.

Le Castres Olympiques appartient aux Laboratoires depuis 1987. Il dispose cette saison d’un budget de 17,3 millions d’euros ce qui le classe au 9e rang du Top 14. Loin du voisin Toulouse (35 millions) et du rival de samedi, Toulon (33 millions). Mais assez pour justifier une place régulière en play-offs. Du reste, la contribution réelle des Laboratoires au club n’est pas tout à fait connue. Entre les investissements directs en sponsoring et en achats de places, les apports en comptes courants et les abandons de créances, il n’est pas insensé d’imaginer que certains transferts sont financés hors budget, tout au moins sur le plan de la trésorerie. De même, le centre d’entraînement du Levezou est la propriété du groupe Pierre Fabre, qui le loue une bouchée de pain au club : 60.000 euros par an seulement !

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Les compositions

Côté Toulon, le Néo-Zélandais Ali Williams sera associé à Bakkies Botha en deuxième ligne. Le Sud-Africain Danie Rossouw, qui avait débuté en finale de la
Coupe d’Europe face aux Saracens, débutera sur le banc. Le reste de l’équipe est inchangé, par rapport à celle qui a été sacrée championne d’Europe la semaine dernière.

Composition de Toulon
D. Armitage – Mitchell, Bastareaud, Giteau, Habana – (o) Wilkinson (cap.), (m) Tillous-Borde – Fernandez Lobbe, S. Armitage, J. Smith – A. Williams, Botha – Hayman, Burden, Chiocci

Remplaçants: Orioli, Menini, Suta, Rossouw, Bruni, Mermoz, Claassens, Castrogiovanni

Côté Castres, le pilier Saimone Taumoepeau a été préféré à Yannick Forestier, qui était titulaire en demi-finale face à Montpellier. Le reste de l’équipe titulaire est inchangé.

Composition de Castres
Dulin – Evans, Cabannes, Lamerat, Grosso, – (o) Tales (cap.), (m) Kockott – Caballero, Claassen, Faasalele – Capo Ortega, Gray – Herrera, Mach, Taumoepeau

Remplaçants: Bonello, Forestier, Samson, Bornman, Garcia, Bai, Kirkpatrick,
Lazar