Secoués par les mers du Sud mais toujours portés par un vent d’optimisme, Thomas Coville et ses hommes à bord de Sodebo Ultim 3 filent vers le Cap Horn avec de précieuses heures d’avance sur le record du Trophée Jules Verne, détenu par Francis Joyon. L’entrée dans l’Atlantique est prévue dans la nuit de samedi à dimanche, après 26 jours de mer.
Ils s’en approchent, fatigués mais confiants. Engagés depuis le 15 décembre dernier dans une nouvelle tentative de tour du monde à la voile en équipage sans escale, Thomas Coville et les six marins de Sodebo Ultim 3 devraient passer le mythique Cap Horn ce week-end, forts d’une avance toujours intacte sur le temps de référence de Francis Joyon. Après près d’un mois en mer, l’équipe lorientaise entrevoit enfin le retour vers l’Atlantique — et vers la dernière ligne droite d’une aventure de haut vol.
Des débuts fulgurants
L’équipage, composé de Coville, Benjamin Schwartz, Léonard Legrand, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel, avait entamé son tour du monde à vive allure. Au passage de l’équateur, Sodebo pulvérisait le record, filant à 33,3 nœuds de moyenne (soit 61,6 km/h) sur plus de 3 300 milles. Une entame tonitruante qui laissait entrevoir une performance historique.
Mais la suite s’est avérée plus capricieuse. Dans l’océan Indien, les conditions météorologiques se sont montrées moins favorables, grignotant peu à peu l’avance accumulée. « Joyon avait bénéficié d’un alignement des planètes presque parfait, une météo d’école qui fait rêver tous les marins », rappelle Benjamin Schwartz, navigateur et expert météo à bord. « De notre côté, nous avons dû multiplier les empannages et négocier des systèmes complexes, ce qui a rallongé la route. On savait que cette portion serait difficile. »
Le Pacifique, terrain de reconquête
Malgré ces obstacles, Sodebo n’a jamais cédé. Bord à bord virtuel avec “le fantôme” de Joyon au sud de la Nouvelle-Zélande, Coville et son équipe ont repris leur souffle et leur vitesse dans le Pacifique. « C’était déjà une petite victoire d’être là, au contact », confie Léonard Legrand. « On a ensuite appuyé un peu plus fort, avec une maîtrise du bateau bien supérieure à celle de l’an dernier. Aujourd’hui, on ose davantage. »
Cette audace repose sur la confiance et la connaissance intime du trimaran lancé en 2019, désormais « exploité à son maximum », souligne Coville. Et malgré la fatigue, la cohésion reste intacte à bord : « Le bateau est à 100%, aucun blessé, et le moral tient bon. On reste optimistes », assurent les marins.
Cap sur Ouessant
L’objectif est clair : franchir la ligne d’arrivée au large d’Ouessant avant le 25 janvier à 20 h 31 min 35 s. Un enjeu de taille face au record établi en janvier 2017 par Francis Joyon et son équipage sur IDEC Sport — 40 jours, 23 heures et 30 minutes autour du monde.
Avec ses foils et son potentiel supérieur, Sodebo Ultim 3 a les armes pour accélérer dans la remontée de l’Atlantique, où Joyon avait connu une phase relativement lente avant un final éclatant. Si les vents se montrent coopératifs, Coville et ses hommes pourraient bien écrire une nouvelle page du mythe Jules Verne — une aventure où l’endurance, la précision et la passion se conjuguent au large du Cap Horn.

