Yannick Noah disputait son dernier match de Coupe Davis avec l’Equipe de France hier soir contre la Croatie. Il est revenu sur ces trois années sur le banc et le phénomène Gaël Monfils.

 

Vous n’avez pas trouvé le moyen de transcender vos joueurs ce week-end…

“Vous avez vu les matches des deux derniers mois ? Combien de joueurs du top 5, 10, 20, 30 a-t-on battu dans les six derniers mois ? Mon sentiment, c’est que les gars ont fait le maximum. Parfois, tu perds contre plus fort. Là, la barre était trop haute. On a essayé. On a tout donné. Je pense qu’on n’a pas démérité. C’est pour ça que je ne suis pas si déçu que ça. On s’est fait défoncer, on n’a pas fait un break… On travaille sur l’envie, l’attitude, l’intention, et parfois tu joues contre quelqu’un meilleur que toi. On a fait de notre mieux. On a perdu contre une équipe bien meilleure.”

Quel regard portez-vous sur vos trois ans de capitanat ?

“Ca a été une belle aventure. Je ne pensais pas que j’allais vivre trois années aussi riches. Ca a été trois années de joie. Le tennis a beaucoup changé en vingt ans, j’ai découvert un nouveau monde, ça m’a demandé du temps de comprendre comment ça marchait. Mais j’ai partagé beaucoup de bons moments avec des jeunes qui sont devenus des amis, beaucoup de joies, beaucoup de larmes. C’était très fort, très puissant. Vivre ce dernier match en tant que capitaine devant tous ces supporters, dans cette atmosphère, avec autant de passion, d’énergie, je ne pouvais pas rêver mieux.”

Pourquoi vous-êtes vous privé durablement de Gaël Monfils ?

“S’il y a quelque chose que je regrette, c’est de ne pas avoir eu la possibilité de l’aider. Quand on m’a donné ce poste, j’avais un truc en tête, m’occuper de Gaël. Je pensais que ce serait mon joueur de base pendant mes trois ans (de capitanat). Quand on est allé jouer en Guadeloupe (au premier tour en 2016), chez Gaël, un joueur était contre, c’était Gaël. En trois ans, il a joué un match. Deux jours avant, il m’a dit qu’il n’était pas prêt. J’ai insisté pour qu’il joue quand même. A la fin du match, il m’a sauté dans les bras et m’a dit que c’était le plus beau jour de sa vie, qu’il espérait qu’il y en aurait d’autres. C’est la dernière fois qu’il a joué. La dernière fois qu’il a été sélectionné, c’était à Zadar (forfait deux jours avant à cause d’une chute dans un escalier, en demi-finale en 2016, ndlr). Au-delà du fait qu’on n’a pas pu vraiment travailler ensemble, ça fait du mal à l’équipe. Je n’ai pas trouvé les clés pour l’aider.”

Et avec Gilles Simon ?

“Il a une approche différente et très intéressante. Mais l’année dernière, il a eu une saison difficile. Depuis quelques mois, il a de très bons résultats, il est remonté de la 80e ou 90e place à la 30e. Mais il m’a exprimé sa difficulté à fonctionner à ma manière, qui est, quand il y a des doutes, de donner la sélection aux joueurs au dernier moment. Ma philosophie, c’est d’essayer de faire durer (l’incertitude) le plus longtemps possible pour créer une émulation. Je ne suis pas capitaine de la Croatie, avec un mec 7e mondial et un autre 12e… Chez nous, il y a débat. On s’est parlé quand j’ai décidé de ne pas le prendre (pour la finale). J’ai du respect pour le mec, le joueur. Mais je lui ai dit, dans le groupe, je ne peux pas te dire une semaine avant, c’est toi qui joues, ce qui est sa façon de fonctionner. Je ne sais pas faire. Peut-être qu’Amélie saura le faire.”

Propos recueillis en conférence de presse.