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Odermatt : le gros globe dans un fauteuil pour oublier des JO ratés

Marco Odermatt - Photo by Icon Sport

À Courchevel, Marco Odermatt (28 ans) vient de s’offrir un 5e gros globe consécutif, un exploit rarissime qui le place dans la légende du ski alpin. Force de la nature polyvalente, le Suisse domine sans partage, même si Kitzbühel et les JO hantent encore ses rêves.

Dominant les pentes mondiales depuis 2022, Marco Odermatt a validé vendredi à Courchevel son suprématie absolue en Coupe du monde. Seul Marcel Hirscher (8 globes d’affilée) et Annemarie Moser-Proll (5) avaient réussi pareille série avant lui. Ce prodige du Nidwald, mordu de glisse depuis l’enfance malgré un gabarit juvénile, préfère la longévité au burn-out : “Je skie réduit plutôt que d’épuiser mon plaisir pour un titre de plus.”

Le garçon poli qui écrase tout

Odermatt n’est pas qu’un athlète : c’est une icône nationale suisse, élu “Sportif de l’année” quatre fois de suite – Roger Federer n’a fait mieux. “Le plus bankable des sportifs helvétiques”, clame le magazine Bilan. Fêtard fair-play et coéquipier apprécié, il explose les records : 54 victoires en Coupe du monde, autant qu’Hermann Maier, petits globes en géant, super-G, descente. Champion olympique en géant à Pékin 2022, il a enchaîné médailles et triomphes, de Davos juniors (4 titres en 2018) à ses podiums en vitesse.

Ultra-polyvalent – unique à briller en descente comme en géant –, il s’est reconverti en descenteur obsessionnel depuis 2023. Champion du monde de la discipline cette année-là, il note méticuleusement chaque run dans un carnet A5. À 1,83 m, il défie les géants de la vitesse sur les pistes les plus folles, de Wengen à Garmisch.

Kitzbühel, la plaie ouverte

Pourtant, l’invincible craque parfois. Aux JO de Milan-Cortina 2026, 4e en descente à Bormio (à 0,20 s du podium), il ajoute bronze en super-G et argent en géant. Mais Kitzbühel reste sa malédiction : trois deuxièmes places consécutives sur la Streif, son “objectif N.1”. En janvier, la troisième le brise. Fair-play habituel, “Odi” fond en larmes sur le podium, submergé. “Je me sens mal par rapport à mes émotions”, confie-t-il sur Instagram, avant de se ressaisir : “Vivre ce rêve est un privilège.”

Cet hiver, malgré ces échecs crève-cœur, Odermatt rebondit. Neuf victoires déjà, dont Garmisch fin février, et ce 5e gros globe avant terme. À Buochs, son havre casanier au bord du lac des Quatre Cantons, il recharge ses batteries l’été, loin des projecteurs. Son ascension fulgurante – premiers podiums en 2019, explosion en 2020-2021 – prouve sa résilience.

Aujourd’hui, sponsors et fans l’idolâtrent pour son allure de gentil géant et sa glisse chirurgicale. Mais sous la force tranquille bouillonne un compétiteur insatiable, prêt à conquérir Kitzbühel un jour. À 28 ans, Marco Odermatt n’a pas fini de réécrire l’histoire du ski. Reste à voir si 2026 lui livrera enfin la Streif.

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