À 41 ans, Lindsey Vonn voulait prouver qu’elle pouvait encore défier la gravité. Mais la montagne de Cortina, si souvent son royaume, a fini par rejeter sa souveraine blessée.
Elle avait juré qu’elle reviendrait, une dernière fois, pour sentir la vitesse contre son visage, pour dompter encore l’Olimpia delle Tofane, cette piste qu’elle connaît mieux que quiconque. Sauf que cette fois, tout s’est arrêté après treize secondes. Un bras accroché, un déséquilibre infime, puis le silence fracturé par un cri de douleur. La “Speed Queen” s’est effondrée, trahie non pas par son courage, mais peut-être par un corps qui, depuis des années, ne voulait plus suivre. Sa jambe gauche a cédé, encore une fois, sous les yeux d’un public pétrifié et d’adversaires en apnée.
Le prix du dernier pari
On le savait : son genou gauche n’était pas prêt. Les médecins n’y croyaient qu’à moitié, mais elle, si. Parce que Vonn n’a jamais couru pour la raison. Elle skie comme d’autres respirent, coûte que coûte. Or cette fois, c’est le corps qui a gagné le bras de fer. Les spécialistes peuvent bien débattre de l’attelle, de la compensation, du risque mal mesuré – au fond, il s’agit d’un choix intime, presque viscéral. On peut juger, s’interroger, mais qui aurait pu empêcher Lindsey Vonn d’être Lindsey Vonn ?
Elle s’était juré d’aller “jusqu’au bout”. Et c’est précisément ce qu’elle a fait. Pas dans la gloire, cette fois, mais dans ce mélange poignant de courage et d’obstination qui fait les légendes. Dans le monde aseptisé du sport moderne, sa chute dit autre chose : il reste, au fond des pistes, des gens prêts à tout perdre pour revivre une dernière fois cette ivresse de la vitesse.
