Dans la petite station autrichienne de Gurgl, le slalom de samedi devait être une course comme les autres. Il s’est transformé en journée improbable, quasiment insensée, dont Paco Rassat est ressorti triomphant.
À 27 ans, le Français décroche sa première victoire en Coupe du monde au terme d’un scénario que personne n’aurait osé écrire.
Dès la première manche, l’atmosphère avait quelque chose d’étrange. Le tracé, plutôt simple, et les mouvements du terrain, dus aux récentes chutes de neige, ont perturbé les meilleurs dossards et resserré les écarts d’une manière spectaculaire : une vingtaine de skieurs groupés en moins d’une seconde. Dans ce peloton compact, Paco Rassat, dossard 21, s’était glissé à la 14e place, à 85 centièmes du leader Atle Lie McGrath. Un résultat correct, mais insuffisant pour rêver à la victoire.
Mais la deuxième manche allait tout changer. Alors que les favoris enchaînaient les fautes, Rassat, lui, a offert une descente parfaite, précise, libérée. Dès qu’il a coupé la ligne, avec 70 centièmes d’avance sur le meilleur temps provisoire, le public a compris qu’il se passait quelque chose. Installé sur le « hot seat », le Français a observé défiler les derniers concurrents, un à un incapables d’aller le chercher. Quand il s’est assuré du podium, l’émotion l’a submergé : larmes, accolade avec Victor Muffat-Jeandet, joie partagée avec ses parents présents dans les tribunes.
Puis est venu le coup de théâtre final : la sortie du Finlandais Eduard Hallberg, puis la grosse faute de McGrath, qui offrait la victoire au Français. Sur le podium, Rassat devance le Belge Armand Marchant de 7 centièmes et le Norvégien de 9. « Mon rêve devient réalité, c’est complètement fou », confiait-il sur Eurosport, encore ému.
Originaire des Aillons, dans le massif des Bauges, Rassat n’a jamais été un prodige annoncé. Longtemps dans l’ombre, souvent freiné — notamment l’an dernier après une opération du dos —, il avait néanmoins signé son premier top-10 l’hiver passé, puis une encourageante 6e place dimanche dernier à Levi. Sans s’enflammer, il parlait ces derniers jours de « continuité ». La suite vient de dépasser toutes ses attentes.
En s’imposant à Gurgl, il devient le 17e Français à remporter une épreuve de Coupe du monde et prend même provisoirement la tête du classement général, avant le début des épreuves de vitesse la semaine prochaine. Pour lui, la saison s’ouvre désormais sur des perspectives inédites.
La Coupe du monde se poursuit ce dimanche avec le slalom femmes. Mais d’ores et déjà, ce samedi restera comme celui où Paco Rassat a éclaté au grand jour, au terme d’une course aussi folle qu’inoubliable.

