Portée par un Jamison Gibson-Park étincelant, l’Irlande a signé samedi à Twickenham la plus large victoire de son histoire contre l’Angleterre (42-21). Un triomphe retentissant pour un XV du Trèfle métamorphosé, face à une équipe anglaise dépassée et sanctionnée pour son indiscipline.
Trois semaines ont suffi à tout changer pour l’Irlande. Moribonde à Marseille face à la France (36-14), laborieuse contre l’Italie (20-13), la sélection d’Andy Farrell a soudain retrouvé la flamme et son rugby léché. À Twickenham, temple souvent maudit, les Verts ont éteint les 80 000 voix anglaises et infligé une correction historique à un adversaire qui n’aura existé qu’à la marge. Avec 42 points inscrits et un bonus offensif décroché, ils battent leur record de 2022 (32-15) et reprennent le fil de leur domination sur le Tournoi.
Gibson-Park, chef d’orchestre retrouvé
Le retour du demi de mêlée Jamison Gibson-Park a tout changé. Remplaçant la semaine dernière, le joueur du Leinster a dynamité la défense anglaise par sa vitesse et sa lecture du jeu. Il ouvre le score en jouant une pénalité à la main (21e, 10-0), avant de servir magnifiquement Robert Baloucoune pour le deuxième essai (28e). Quelques minutes plus tard, Baloucoune, encore lui, déclenche une action conclue par Tommy O’Brien (30e, 22-0). En une demi-heure, le XV du Trèfle avait bâti un matelas que rien ne viendrait remettre en question.
L’Angleterre, menée par Maro Itoje pour sa 100e sélection, a sombré sous le poids de ses propres fautes : touches perdues, pénalités stériles, imprécisions en cascade. Sans un essai opportuniste de Fraser Dingwall juste avant la pause (40e, 22-7), les hommes de Steve Borthwick auraient regagné les vestiaires bredouilles et honteux.
Twickenham réduit au silence
Les premières minutes du second acte ont dissipé les derniers espoirs anglais. À peine le jeu relancé, le jeune flanker Henry Pollock écopait d’un carton jaune (42e), immédiatement exploité par Dan Sheehan pour l’essai du bonus offensif (43e, 29-7). Twickenham, qui entonnait encore “Swing Low” quelques minutes plus tôt, tombait dans un silence pesant.
L’orgueilleuse équipe anglaise a bien tenté de se rebeller, à l’image des essais d’Ollie Lawrence (53e) et de Sam Underhill (75e), mais l’Irlande, sûre de sa force, n’a jamais tremblé. Jamie Osborne parachève la démonstration verte (70e, 35-21), avant que les visiteurs ne closent la marque par une pénalité dans les dernières minutes.
Symbole d’un retour au premier plan, l’Irlande repart de Londres avec le sentiment d’avoir rappelé à toute l’Europe que son Rugby ne tient pas du hasard, mais d’une philosophie intacte, patiente et rigoureuse. L’Angleterre, elle, devra revoir bien plus que ses automatismes : c’est tout son projet qui semble vaciller, à domicile, dans le fracas d’un revers aussi cinglant que révélateur.
