La Fédération anglaise de rugby (RFU) tourne une page historique : fini le système de relégation et de promotion au mérite. Dès la saison 2026-2027, la Premiership deviendra une ligue fermée, fondée sur des critères économiques et structurels, à la manière des modèles nord-américains. Une révolution autant sportive que financière pour un championnat en crise.
C’est une petite révolution pour le rugby anglais. La Fédération anglaise (RFU) a validé, vendredi, la transformation de la Premiership en championnat à franchise, abandonnant définitivement le principe de relégation et de promotion automatiques.
À compter de la saison prochaine, les clubs ne seront plus jugés uniquement sur le terrain, mais sur leur solidité financière, la qualité de leurs infrastructures, leur contribution au rugby féminin et leur engagement communautaire. Autant de critères passés au crible d’un nouveau comité indépendant.
L’objectif affiché : stabiliser un modèle économique en péril. Ces dernières saisons, la Premiership a été secouée par plusieurs faillites retentissantes — Wasps, Worcester Warriors et London Irish ont tous mis la clé sous la porte depuis 2022. Le déficit cumulé des dix clubs restants atteignait encore 34 millions de livres (près de 39 millions d’euros) en 2023-2024.
Le directeur général de la RFU, Bill Sweeney, assume cette évolution : « Nous savons que la fin du système traditionnel de montée et descente est un tournant majeur, mais le rugby professionnel doit évoluer pour survivre et prospérer. »
Une ligue fermée pour relancer l’attractivité
D’ici à 2029-2030, la Premiership passera de dix à douze franchises, sélectionnées selon des critères sportifs mais aussi de potentiel de croissance géographique. Cette expansion vise à renforcer l’attrait du championnat pour les investisseurs, les diffuseurs et un public en quête de stabilité.
Dans les faits, le système de promotion-relégation ne fonctionnait déjà plus depuis plusieurs années. Les Ealing Trailfinders, champions de deuxième division à plusieurs reprises, avaient été empêchés de monter pour cause d’installations jugées insuffisantes. La dernière descente officielle remonte à 2020, lorsque les Saracens avaient été exclus pour violation du salary cap, avant de revenir dès la saison suivante.
Pour Simon Massie-Taylor, patron de la Premiership, cette réforme est une chance : « Notre ambition est de faire de la Premiership la meilleure ligue au monde, pour les supporters comme pour les investisseurs. Ce nouveau modèle nous en donne enfin les moyens. »
Reste à savoir si les puristes verront dans cette mutation une modernisation nécessaire ou la fin de l’ADN compétitif du rugby anglais. Une chose est sûre : l’ère du mérite sportif sans filet est révolue. La Premiership entre désormais dans celle du capital-risque et du rugby business.

