À dix jours des municipales, le président du RC Toulon remet sur la table un dossier brûlant : remplacer le vétuste Mayol par une enceinte moderne, vitrine du club et moteur économique. Mais sur fond de campagne électorale, le projet divise déjà la ville.
Le vieux Mayol a beau incarner l’âme du RC Toulon, il ne suffit plus à ses ambitions. Mercredi, Bernard Lemaître a officiellement dévoilé son projet de nouveau stade, promettant une enceinte de 18 000 à 20 000 places bâtie à quelques centaines de mètres du site historique, au bord de la Méditerranée. Montant estimé : environ 200 millions d’euros. Aucune solution de financement n’a cependant été précisée, et le président du RCT reconnaît que rien n’est encore arrêté. Mais une certitude demeure à ses yeux : « Mayol a fait son temps ».
Lemaître met la pression avant le scrutin
À 87 ans, le patron du club rouge et noir sait que le timing n’a rien d’anodin. À dix jours des municipales, alors qu’aucun candidat n’a intégré le projet dans son programme, sa sortie sonne comme un appel du pied – ou un avertissement – adressé à la future équipe municipale. Lemaître prévient : le prochain maire « aura le RCT à ses basques » jusqu’à ce qu’une décision soit prise.
Le dirigeant rappelle l’enjeu économique : un déficit structurel de 8 à 10 millions d’euros par an et des installations devenues obsolètes. Les recettes d’hospitalités plafonnent à 5 millions d’euros, trop peu pour un club professionnel de ce niveau. « Les grandes équipes européennes tirent aujourd’hui leurs revenus de leur stade. Nous, on est à la traîne », déplore-t-il, en soulignant que les loges, espaces VIP et infrastructures d’accueil sont bien loin des standards modernes.
Et surtout, la facture d’une rénovation complète de Mayol serait, selon lui, « de plus de 400 millions d’euros ». Un coût jugé intenable pour une enceinte vieillissante, construite en plein centre-ville et enclavée entre les immeubles et le port.
Le club face à son avenir
Lemaître ne cache pas sa frustration face à la prudence des candidats, rencontrés ces dernières semaines pour leur exposer les différents scénarios. Si certains se seraient montrés « méfiants » dans un premier temps, le discours du président, axé sur la survie du club au plus haut niveau, commencerait à les « séduire ». Le dirigeant sait toutefois qu’en pleine campagne, rares sont ceux qui oseront s’engager publiquement sur un chantier aussi lourd et symbolique.
Reste une question de fond : comment concilier la modernisation du RCT sans trahir l’esprit de Mayol ? Car le vieux stade, adossé au port, reste un lieu de mémoire pour des générations de supporters. « Personne ne veut abandonner Mayol, mais il faut regarder la réalité en face », plaide Lemaître, qui réclame à la municipalité un diagnostic complet de la structure.
Son rêve : un stade à l’image du rugby moderne, capable de garantir l’avenir économique du club tout en restant fidèle à l’âme toulonnaise. Le débat, lui, est lancé — et il s’annonce aussi passionné que les joutes sur le terrain.
