De retour en Equipe de France après une longue blessure, Camille Lopez retrouve les Bleus avec la ferme intention de rattraper le temps perdu. Il a répondu aux questions de l’AFP et accepté de revenir sur un épisode difficile.

 

Comment avez-vous vécu cette année et demie loin des Bleus ?

“Cela a été dur. Louper la tournée en Afrique du Sud (2017) était un choix de ma part (pour une raison médicale), en accord avec le staff, donc ce n’était pas difficile. Mais derrière, tu te blesses le week-end juste avant l’annonce de la liste (pour novembre). Là, tu prends un gros coup derrière la tête. Car tu as beau dire ce que tu veux, en équipe de France le temps passe. C’était d’autant plus dur que je savais que c’était mort aussi pour le Tournoi.”

Vous avez mis longtemps à revenir… 

“C’était pire que les croisés, une fracture du péroné et de la malléole gauche, avec rupture des ligaments. J’aurais signé pour un croisé à la place. Le staff me dit que j’ai eu une drôle de blessure. Le pire ça a été la cheville. J’ai mis quasiment dix mois à pouvoir rejouer correctement au rugby.”

Et vous avez forcé votre retour pour pouvoir postuler aux échéances de fin de saison avec Clermont et à la tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande…

“Oui, mais je boitais, j’avais des douleurs, j’étais incapable de taper dans un ballon. C’était vraiment catastrophique. Aujourd’hui, même si je ne suis pas débarrassé de tout, je peux jouer au rugby normalement et je ne suis pas un handicap pour l’équipe comme je l’étais en fin de saison dernière.”

Estimez-vous que vous avez d’autant plus de temps à rattraper que vous avez éclos relativement tard ?

“Déjà, j’ai une grande chance d’être là. Je suis très fier d’en être arrivé ici, pour moi cela représente beaucoup de choses. Par mes blessures j’ai loupé un certain nombre de sélections: forcément je l’ai en travers de la gorge, cela restera une frustration toute ma carrière et toute ma vie. Mais ça fait partie du métier. Il faut faire avec, même si c’est frustrant et qu’on a envie de tout casser sur le moment. Tu n’as pas d’autre choix que d’encaisser, te relever et te reconstruire.”

Vous devez surtout avoir en travers de la gorge votre non sélection pour la Coupe du monde 2015…

“Celle-là est dure. Parce que… tu fais les sept derniers matches titulaire au poste, et sur le dernier match (du Tournoi-2015), je me suis retrouvé au milieu d’une dispute de gamins, j’ai envie de dire entre deux staffs. Et, pour parler poliment, je me suis retrouvé entre guillemets baisé. Des choix ont été faits. Non pas que sportivement je méritais de la faire, mais on m’a donné peu d’explications. On m’a dit des choses pour dire des choses.”

Vous ne savez toujours pas si vous l’avez ratée sur choix sportif ou en raison de cette dispute ?

“Oui. Et je ne le saurai jamais. Mais je pense que la dispute entre les deux staffs ne m’a pas aidé. En tout cas moi je l’ai vécu comme ça, et durant toute ma vie je l’aurai en moi. Forcément que ce moment a été très très dur.”

Votre retour suscite beaucoup d’attentes. Ce poids qui pèse sur les épaules de l’ouvreur, en France, est il difficile à supporter ?

“Un peu moins qu’il y a quelques années. Maintenant, je sais comment ça se passe, comment le poste de 10 est exposé. Je sais à quoi m’attendre et j’ai pris du recul par rapport à ça. J’ai connu des moments difficiles et blessants, forcément j’essaie de me prendre moins la tête, car il y a des choses plus graves dans la vie.”

Propos recueillis par Nicolas KIENAST