Présent à la Coupe du Monde au Japon le 20 septembre prochain avec le XV de France, Sofiane Guitoune a connu de nombreuses galères ces derniers temps. Aujourd’hui au Stade Toulousain, il se confie pour l’AFP et évoque les différentes phases de sa carrière avec comme point d’orgue la prochaine Coupe du Monde.

 

Sofiane Guitoune (30 ans et 5 sélections) : 

 

Doit-on vous appeler Sofiane le Phénix ? 

“(rire) J’ai vu que dernièrement, c’était souvent le titre qui revenait dans les journaux. On peut dire un peu ça, ça me va bien sur la saison car je reviens de très très loin”.

Votre pubalgie a duré plus d’un an. Avez-vous pensé à un moment arrêter ? 

“Par moi-même non, mais être forcé oui. Parce que ça ne revenait pas, je n’arrivais pas à retrouver mon niveau. Mais je me suis accroché, j’ai continué à bosser. Comme je le dis souvent, je suis quelqu’un d’assez têtu. Il y avait trop d’exemples de personnes qui étaient revenues d’une pubalgie. Je ne comprenais pas pourquoi pas moi car j’étais sérieux dans mon protocole de rééducation, et ça ne marchait pas. Il a fallu prendre un peu son mal en patience, il m’a fallu un peu plus de temps que les autres”. 

Sur quoi s’appuie-t-on dans ces cas là ? 

“J’ai la chance d’avoir une belle famille avec trois enfants, forcément ça occupe pas mal les journées et l’esprit. J’ai aussi repris des études pour devenir préparateur physique à force de passer pas mal de temps avec les kinés, un domaine qui me plaît bien. Je m’étais projeté sur l’avenir s’il fallait arrêter, faire quelque chose qui me plaise après ma carrière”. 

Qu’est ce qui a changé cette saison ? 

“La bonne préparation physique et se sentir bien physiquement. Mentalement, j’étais aussi un peu plus frais et j’avais l’esprit clair. Je n’avais plus qu’à me concentrer sur mon rugby. Quand j’ai vu mes tests lors de ma prépa, je n’avais jamais fait ça avant. Et mes premiers matches à l’aile ont été bons”.

Peut-on parler de saison rêvée ?

“Elle est au top, ça va être difficile de faire mieux. Personnellement j’ai envie de rester sur ça. Quand je suis venu à Toulouse, c’était pour essayer de chercher cette concurrence, faire des saisons abouties, et rester toujours au top”.

On vous a découvert aussi leader cette saison, preuve d’une certaine maturité ? 

“Oui, c’est ça. J’ai 30 ans, la maturité, la vie de papa, mais il y avait aussi un groupe jeune et il fallait des leaders. Si les Yoann Maestri, Jean-Marc Doussain, +Flo+ Fritz étaient restés, peut-être que je n’aurais  jamais pris la parole parce que c’était leur rôle. Je n’ai pas forcé ma nature, c’est venu naturellement au cours de la saison, mi-novembre”.

 

A quel moment vous êtes-vous dit : là, j’ai ma chance pour le Japon ? 

“C’est inespéré. C’est vous les journalistes qui m’avez mis ça dans la tête, mes proches aussi. +Tu vas y aller, on va te rappeler, c’est obligé. Au début je n’y crois pas trop car ça fait quatre ans que je n’ai pas été en sélection. Pas grand monde, même moi au mois de juillet dernier, pouvait dire que j’allais faire la Coupe du monde. Mais quand le coach vient t’en parler… Je savais que si je voulais faire partie du groupe, il fallait qu’on soit champion de France et que j’ai un rôle important lors des phases finales. Mon outil cette année, c’était le Bouclier. J’aurais très mal vécu de ne pas l’avoir après notre saison”.

Que reste-t-il chez vous de la Coupe du monde 2015: le doublé contre la Roumanie ou la frustration d’avoir été oublié sur le banc ?

“La deuxième option. Franchement, je l’ai mal vécu, même si j’étais plus jeune. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de ça, j’ai 30 ans, 3 enfants, je vais passer quatre mois. C’est une chance exceptionnelle, une aventure exceptionnelle de faire partie de ce groupe mais j’ai vraiment envie de plus et d’apporter”.