Elles font partie de ces commerces durement touchés par les conséquences économiques du Covid-19. Privées de tous revenus du jour au lendemain, étouffées par des coûts fixes, snobées par les autorités… les salles de sport en ont bavé ! Touchées mais pas coulées, les entreprises françaises du fitness tentent aujourd’hui de renouer avec leur activité, dans le respect des normes sanitaires. Où en sont-elles ? Où vont-elles ? Nous avons pris la température en ce début de saison estivale. 

Par Floriane Cantoro
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N°17 de juillet-août-septembre 2020. 

Le mardi 2 juin avait des allures de rentrée des classes pour les salles de sport. Après deux mois et demi d’arrêt forcé, les clubs de fitness rouvraient (enfin !) leurs portes. Sauf ceux d’Ile-de-France, de Mayotte et Guyane (toujours en zones oranges fin mai), qui ont dû attendre trois semaines de plus… Mais que ce soit au 2 ou au 22 juin, l’autorisation de reprise a été accueillie avec « soulagement » par les acteurs du secteur, durement touchés par la crise économique liée au Covid-19

Il faut dire que, depuis le 14 mars, leurs comptes étaient au plus bas. Dans leur immense majorité, les salles de sport ont en effet choisi de suspendre les mensualités de leurs adhérents pendant toute la durée de fermeture. D’autres leur ont proposé un report d’abonnement, ou encore le passage à une formule plus avantageuse, à moindres coûts bien sûr. Des initiatives logiques d’un point de vue déontologique et commercial, mais qui ont entièrement vidé les caisses de la profession.

Les salles de sport se sont vidées du jour au lendemain… tout comme les caisses de la profession. (Photo by Keep Cool)

Plus de 400 millions d’euros de pertes 

Du jour au lendemain, les salles de sport se sont retrouvées sans revenus. Qui plus est à une période de l’année souvent cruciale d’un point de vue économique (fortes affluences). « Les mois de mars, avril et mai représentent 30% du chiffre d’affaires annuel des clubs de fitness », indique Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle, la première organisation professionnelle de la filière sport et loisirs. En tout, ce ne sont pas moins de 470 millions d’euros qui manqueront à l’appel sur le premier trimestre 2020, pour l’ensemble du secteur des loisirs marchands, selon une étude de l’organisation. 

Un manque à gagner colossal qui a rapidement étouffé les entreprises du milieu. Car leurs coûts, eux, n’ont pas disparu pendant la fermeture. « On a activé des reports de paiement à chaque fois que c’était possible », explique Céline Remy Wisselink, co-fondatrice du groupe Verona, propriétaire des clubs Neoness (33 dont 27 en Ile-de- France) et Episod (4). « La seule charge que nous n’avons pas pu optimiser du tout, ce sont les loyers. » C’est une vraie préoccupation pour les acteurs du secteur, confrontés à l’inflexibilité, voire même « l’indélicatesse de certains bailleurs qui n’ont pas hésité à se servir sur les comptes de ces entreprises, déjà à l’agonie », s’indigne Virgile Caillet. Malgré la nomination d’une médiatrice de la République pour discuter avec les fédérations de bailleurs, aucune solution n’a été trouvée à ce jour. « Nous sommes franchement mécontents car nous avons senti une certaine volonté de la part du Gouvernement d’endormir la médiation ; et surtout, les résultats ne sont pas au rendez-vous ! », juge le délégué général de l’Union Sport & Cycle, qui s’était jointe à l’ensemble de la profession pour demander l’annulation pure et simple des loyers pendant la période de fermeture. « Pour le moment, c’est plutôt de la négociation en «one to one» avec les bailleurs, c’est long et compliqué », précise Thomas Monnier, directeur adjoint de Keep Cool, un des leaders du fitness en France avec ses 270 clubs et 380.000 adhérents.

Thomas Monnier, directeur adjoint de Keep Cool. (Photo by Keep Cool)
Céline Rémy Wisselink, co-fondatrice du groupe Verona (Neoness et Episod). (Photo by Verona)

Une « sélection naturelle » pourrait s’opérer dans les six prochains mois… 

Heureusement, l’État est venu épauler les entreprises du secteur avec la mise en place du chômage partiel à grande échelle, « un soulagement sur le plan social » pour Céline Remy Wisselink et les 500 employés du groupe Verona. Les indépendants ont pu bénéficier d’une aide tandis que des prêts garantis par l’État (les fameux PGE) ont été sollicités en masse pour combler les caisses vides. « Sans ces mesures d’accompagnement, la moitié des salles de sport seraient déjà à terre », estime Virgile Caillet. « Maintenant, la question est de savoir si ces entreprises vont réussir à retrouver un niveau d’activité suffisant pour reconstituer leur trésorerie et surmonter cette crise. Avec la reprise progressive induite par la distanciation sociale, la montée relative des revenus qui va avec et le retour en force des charges, les six prochains mois devraient être décisifs »

À en croire notre expert, le pire reste donc à venir pour les clubs de fitness. Une sorte de « sélection naturelle » pourrait s’opérer et conduire à des fermetures entre septembre 2020 et juin 2021. Une inquiétude sur le « monde d’après » que partage Céline Rémy Wisselink, septique quant à elle sur la capacité des partenaires bancaires à accompagner les entreprises du secteur à moyen et long termes. « Dans une entreprise classique, et donc a fortiori dans une salle de sport, des investissements récurrents sont nécessaires pour assurer la maintenance : pour nous, cela sera par exemple le renouvellement du parc de machines ou encore le changement des ballons d’eau chaude dans les vestiaires », commence-t-elle. Avant de poursuivre : « Pour le moment, ces investissements sont gelés car la priorité a logiquement été donnée au renforcement des trésoreries. L’ennui c’est qu’à terme, cela pourrait mettre en péril la qualité de nos clubs… ».

6 millions d’adhérents à mieux considérer 

On comprend mieux pourquoi les salles de sport étaient impatientes de reprendre avant l’été. Pourtant, comme l’ensemble des loisirs marchands (piscines, patinoires, salles d’escalade, clubs de paddle…), les enseignes de fitness n’ont pas fait partie de la première vague de déconfinement. Si la décision a été largement admise par la co-fondatrice de Verona, qui a fait « confiance aux experts scientifiques et à leur choix d’un déconfinement progressif des commerces », elle est beaucoup moins bien passée du côté de Keep Cool… « On entend partout aux informations que les personnes les plus touchées par le virus sont celles qui sont en mauvaise santé physique, entre autres facteurs. Dans ce cas, pourquoi ne pas miser sur le sport ? », interrogeait alors Thomas Monnier. D’autant que la profession était déjà prête à accueillir ses adhérents dans le respect des normes sanitaires depuis le 11 mai dernier : « On avait anticipé les demandes auprès des fournisseurs de gels hydro-alcooliques et de masques pour que toutes nos salles soient livrées à temps », explique le directeur adjoint de Keep Cool. 

Pour lui, le flou qui a entouré l’annonce – tardive qui plus est ! – de la réouverture des salles de sport prouve que « le fitness est mal considéré par les autorités en France ». Pourtant, cela représente 13 millions de pratiquants, dont 6 millions en salles (nombre d’abonnements): « c’est plus que le football, le tennis et le basketball réunis en termes de licenciés ! », compare- t-il. « C’est comme si on avait mis de côté toute une partie de la population qui fait du sport régulièrement en salle. […] Cette crise aura au moins eu le mérite de nous faire connaître auprès des autorités sportives et sanitaires, en espérant que les choses changent à l’avenir. » 

Une « belle énergie » et des changements pour une reprise durable 

Autre constat qui ressort de cette crise : le besoin absolu, pour certains Français, de faire du sport. « Avant de réouvrir, nous avions consulté nos adhérents et 75% d’entre eux nous avaient annoncé qu’ils reviendraient sans doute dès la première semaine de réouverture », indique Thomas Monnier. Les tendances observées en Chine, où les clubs de fitness ont retrouvé 90% de leurs adhérents un mois et demi après leur réouverture, sont également rassurantes. « On sent une belle énergie de la part des entreprises du secteur, apprécie Virgile Caillet. Un état d’esprit conquérant, « en phase avec la philosophie sportive », qui fait dire au délégué général de l’Union Sport & Cycle que le fitness est une filière qui devrait « probablement rebondir »

Malgré tout, des changements s’imposent. Sanitaires d’abord. Car aujourd’hui, la fameuse « distanciation sociale » oblige les clubs de remise en forme à établir un ratio clients/m2 afin de respecter au mieux les normes sanitaires« On a des systèmes de contrôle d’accès à l’entrée des clubs qui permettent de limiter le nombre de clients accueillis en simultané dans une salle », explique Céline Remy Wisselink. « Pour que chaque adhérent puisse jouir correctement de son abonnement, un planning d’inscriptions a été mis en ligne. » Les salles ont également changé de configuration avec la condamnation d’une machine sur deux, d’un casier sur deux… Des « gestes barrières » mis en place pour une durée toujours indéterminée, et chiffrés à 1.000€ par salle et par mois pour les clubs de l’enseigne Keep Cool. 

« Il va falloir que les salles de sport se réinventent car même si on a l’autorisation de rouvrir, le virus ne va pas disparaître du jour au lendemain. » (Photo by Keep Cool)

6 millions d’adhérents à mieux considérer 

On comprend mieux pourquoi les salles de sport étaient impatientes de reprendre avant l’été. Pourtant, comme l’ensemble des loisirs marchands (piscines, patinoires, salles d’escalade, clubs de paddle…), les enseignes de fitness n’ont pas fait partie de la première vague de déconfinement. Si la décision a été largement admise par la co-fondatrice de Verona, qui a fait « confiance aux experts scientifiques et à leur choix d’un déconfinement progressif des commerces », elle est beaucoup moins bien passée du côté de Keep Cool… « On entend partout aux informations que les personnes les plus touchées par le virus sont celles qui sont en mauvaise santé physique, entre autres facteurs. Dans ce cas, pourquoi ne pas miser sur le sport ? », interrogeait alors Thomas Monnier. D’autant que la profession était déjà prête à accueillir ses adhérents dans le respect des normes sanitaires depuis le 11 mai dernier : « On avait anticipé les demandes auprès des fournisseurs de gels hydro-alcooliques et de masques pour que toutes nos salles soient livrées à temps », explique le directeur adjoint de Keep Cool. 

Pour lui, le flou qui a entouré l’annonce – tardive qui plus est ! – de la réouverture des salles de sport prouve que « le fitness est mal considéré par les autorités en France ». Pourtant, cela représente 13 millions de pratiquants, dont 6 millions en salles (nombre d’abonnements): « c’est plus que le football, le tennis et le basketball réunis en termes de licenciés ! », compare- t-il. « C’est comme si on avait mis de côté toute une partie de la population qui fait du sport régulièrement en salle. […] Cette crise aura au moins eu le mérite de nous faire connaître auprès des autorités sportives et sanitaires, en espérant que les choses changent à l’avenir. » 

Une « belle énergie » et des changements pour une reprise durable 

Autre constat qui ressort de cette crise : le besoin absolu, pour certains Français, de faire du sport. « Avant de réouvrir, nous avions consulté nos adhérents et 75% d’entre eux nous avaient annoncé qu’ils reviendraient sans doute dès la première semaine de réouverture », indique Thomas Monnier. Les tendances observées en Chine, où les clubs de fitness ont retrouvé 90% de leurs adhérents un mois et demi après leur réouverture, sont également rassurantes. « On sent une belle énergie de la part des entreprises du secteur, apprécie Virgile Caillet. Un état d’esprit conquérant, « en phase avec la philosophie sportive », qui fait dire au délégué général de l’Union Sport & Cycle que le fitness est une filière qui devrait « probablement rebondir »

Malgré tout, des changements s’imposent. Sanitaires d’abord. Car aujourd’hui, la fameuse « distanciation sociale » oblige les clubs de remise en forme à établir un ratio clients/m2 afin de respecter au mieux les normes sanitaires« On a des systèmes de contrôle d’accès à l’entrée des clubs qui permettent de limiter le nombre de clients accueillis en simultané dans une salle », explique Céline Remy Wisselink. « Pour que chaque adhérent puisse jouir correctement de son abonnement, un planning d’inscriptions a été mis en ligne. » Les salles ont également changé de configuration avec la condamnation d’une machine sur deux, d’un casier sur deux… Des « gestes barrières » mis en place pour une durée toujours indéterminée, et chiffrés à 1.000€ par salle et par mois pour les clubs de l’enseigne Keep Cool.

Mais les ajustements liés à la crise ne sont pas que physiques. Ils concernent aussi les façons d’offrir et de consommer le sport. « Il va falloir que les salles de sport se réinventent parce que même si on a l’autorisation d’ouvrir, le virus ne va pas disparaître du jour au lendemain et on risque de vivre avec encore un moment », analyse Thomas Monnier, qui a constaté un « fort engouement pour le digital pendant le confinement ». Les cours en ligne proposés gratuitement par Keep Cool ont en effet été visionnés plus de 2,5 millions de fois en deux mois et demi. Pour Céline Remy Wisselink, ce constat est une aubaine : « On a toujours encouragé ce que l’on appelle le « sport 360° » chez Verona : à savoir que le sport se pratique partout et dans des formes diverses et variées. On est convaincu que la salle a sa place avec son matériel, ses coachs professionnels, ses cours collectifs, sa convivialité… ; mais on est aussi persuadé que le sport en digital dispose d’un vrai public, notamment dans les petites villes où les salles sont moins nombreuses », explique-t-elle. « Cette crise ne fait qu’accélérer notre travail déjà initié sur la complémentarité des pratiques et de l’offre sportives », avec sans doute des abonnements plus transversaux mêlant présence en salle et cours à la maison. 

Demeurent encore quelques incertitudes cependant sur l’évolution du virus et le comportement des Français pendant la période estivale, toujours un peu plus creuse pour les salles de sport en terme d’affluence. Plus encore que d’habitude, les clubs de fitness vont devoir redoubler d’efforts pour satisfaire leurs 6 millions d’adhérents et convaincre de nouveaux clients. Autrement dit, ils n’ont pas ni de transpirer !

Quelques chiffres sur le secteur du fitness en France :
– 13 millions de personnes déclarent pratiquer des activités de sport de forme ; 
– 6 millions de pratiquants en salles (abonnements) ; 
– 4.300 salles de sport sur 10.000 structures privées de loisirs sportifs marchands ;
– 30.000 emplois

Un grand merci à Céline Remy Wisselink (groupe Verona), Thomas Monnier (Keep Cool) et Virgile Caillet (Union Sport & Cycle) qui ont participé à cette enquête.