Kiev, sous le choc, dénonce une décision « injuste » du CIO après la disqualification du skeletoniste ukrainien pour avoir arboré un casque honorant les athlètes tombés depuis l’invasion russe.
À Kiev, la colère gronde après la décision du Comité international olympique (CIO) de disqualifier Vladyslav Heraskevych. Le skeletoniste ukrainien a été sanctionné jeudi pour avoir refusé de retirer son casque décoré d’images de sportifs ukrainiens tués au cours des quatre années de guerre avec la Russie. Pour l’instance olympique, ce symbole enfreint l’article 50 de la Charte olympique, qui interdit toute forme de « propagande politique » sur les sites de compétition.
La mesure a provoqué une vive réaction dans toute l’Ukraine, du sommet de l’État jusqu’aux rues de la capitale. Le président Volodymyr Zelensky a vivement reproché au CIO de « faire le jeu de la Russie », dont treize athlètes participent aux JO sous bannière neutre. « Nous sommes fiers de Vladyslav et de son acte. Avoir du courage, c’est plus que d’avoir des médailles », a-t-il déclaré, promettant de lui remettre une décoration d’État pour son « service au peuple ukrainien ».
Dans les rues glacées de Kiev, le sentiment est unanime. « C’est complètement fou ! Sur son casque, il n’y a rien d’autre que des photos de morts », s’indigne Dmytro Iassenovsky, employé dans une manufacture. « C’est injuste », renchérit Oleksandre Severine, ingénieur de 30 ans. « De quoi est-il coupable ? Le CIO n’a aucune compassion », fulmine-t-il, alors que d’autres comparent déjà la décision à l’appel du président de la FIFA, Gianni Infantino, à réintégrer la Russie en compétitions internationales.
Peu après l’annonce, Heraskevych, 27 ans, a publié une photo de lui sur X, casque sur la tête, accompagnée de la phrase : « C’est le prix de notre dignité. » Selon le sportif, ce casque rend hommage à plusieurs athlètes ukrainiens — adultes et adolescents — morts au combat ou victimes de frappes russes sur des zones civiles. « C’est un honneur de porter leurs images et de montrer au monde le prix que l’Ukraine paie chaque jour », avait-il écrit en début de semaine.
D’après les autorités de Kiev, 660 sportifs et entraîneurs ukrainiens ont perdu la vie depuis le début du conflit. En signe de solidarité, le média Ukrainska Pravda a remplacé sa page d’accueil par une photo de l’athlète avec la mention : « Se souvenir n’est pas une violation. »
Dans la capitale, les passants saluent son courage. « Il n’a pas cédé, même au prix de sa carrière », souligne Illia Zakhar, technicien de 39 ans. « Beaucoup disent que le sport n’a rien à voir avec la politique, mais le sport, c’est de la politique », tranche-t-il dans un souffle rageur.
Heraskevych n’en est pas à son premier acte de défi. Dès les Jeux olympiques de Pékin en 2022, il avait brandi une pancarte « Non à la guerre en Ukraine », quelques jours avant l’invasion russe. Quatre ans plus tard, alors que la guerre s’enlise et que les frappes russes reprennent contre les infrastructures civiles, son geste résonne comme un nouveau cri d’alarme venu d’Ukraine.


