L’arrivée de Talant Dujshebaev à la tête des Bleus, saluée pour son prestige, provoque aussi des remous. Le groupement des entraîneurs français 7Master déplore un manque de transparence et réclame un débat de fond sur la gouvernance du handball hexagonal.
Une méthode qui interroge
La désignation surprise de Talant Dujshebaev, mardi, pour succéder à Guillaume Gille à la tête de l’équipe de France masculine de handball ne passe pas inaperçue. Si le palmarès du technicien espagnol, double champion d’Europe avec Kielce et figure mythique du hand mondial, impose le respect, la manière dont il a été nommé suscite de vives réserves.
Jeudi, le groupement 7Master, qui représente les entraîneurs professionnels français, a publié un communiqué au ton inhabituellement critique. Les techniciens y dénoncent « l’absence de dialogue et de transparence » dans le processus de recrutement. Aucun appel à candidature, aucune concertation préalable : une méthode jugée à l’opposé de ce qui se pratique dans les grandes institutions sportives.
« Cette décision semble avoir été prise dans un cercle restreint, sans associer les acteurs majeurs du handball français », souligne le texte, tout en exprimant malgré tout ses vœux de réussite à Dujshebaev.
Une nomination symbole de rupture
Cette protestation met en lumière une fracture plus profonde entre la base technique du handball tricolore et sa gouvernance fédérale. Dirigée par Philippe Bana, la Fédération française de handball (FFHB) défend de son côté un choix stratégique, celui d’un électrochoc après l’échec de l’équipe à l’Euro, et la démission précoce de Guillaume Gille, survenue moins d’un mois plus tôt.
Avec Dujshebaev, la FFHB assume un virage audacieux. Le technicien de 57 ans, originaire du Kirghizistan mais naturalisé espagnol, devient le premier entraîneur étranger à diriger les Bleus depuis l’Allemand Bernhard Kempa en… 1958. Son profil d’entraîneur à poigne, habitué aux grands défis, contraste avec la tradition d’excellence « maison » entretenue depuis des décennies par des techniciens français issus de la filière fédérale.
Autre rupture : Dujshebaev conservera son poste d’entraîneur du club polonais de Kielce, une double casquette inédite dans l’histoire récente des Bleus, qui interroge sur la disponibilité réelle du nouveau sélectionneur.
Un appel à repenser la gouvernance du handball français
Derrière la polémique, c’est toute la question de la gouvernance du handball français qui refait surface. « Ce débat doit enfin avoir lieu », plaide 7Master, qui souhaite que la nomination de Dujshebaev serve de point de départ à une réflexion plus large sur la façon dont sont prises les grandes décisions au sein du sport français.
Car si la réussite de l’équipe nationale reste la priorité, la méthode employée par la FFHB laisse une impression d’improvisation qui dérange. Entre respect pour le mythe Dujshebaev et sentiment d’exclusion, les entraîneurs français oscillent entre fierté blessée et lucidité collective. Une tension qui pourrait bien, à terme, façonner la prochaine page du hand tricolore.
