Troisième président du conseil d’administration en moins de deux ans, Guillaume Cerutti quitte le Stade Rennais après seulement six mois. Avec lui, c’est toute la direction exécutive du club qui vacille — au pire moment possible.
Six mois. C’est le temps qu’aura duré le mandat de Guillaume Cerutti à la tête du conseil d’administration du Stade Rennais. Arrivé en octobre 2025 pour succéder à Alban Gréget — lui-même déjà un président de transition —, l’homme de 60 ans a annoncé son départ via un post LinkedIn au ton soigneusement corporate, évoquant une « prochaine étape de son parcours professionnel » après dix ans chez Christie’s et son passage à la Bourse de Commerce – Pinault Collection. La formule est élégante. La réalité, elle, est moins confortable pour le club breton.
Troisième président en deux ans : un signal d’alarme
Ce qui frappe, au-delà du départ en lui-même, c’est le rythme. Trois présidents du conseil d’administration en moins de vingt-quatre mois : c’est le marqueur d’une instabilité chronique qui dépasse largement les cas individuels. Cerutti tient à préciser qu’il s’agit d’un choix personnel, d’une réorientation assumée au sein de l’écosystème Artémis/Pinault — et non d’un limogeage. Il assure d’ailleurs rester en poste jusqu’à la fin de la saison, pour accompagner les enjeux de qualification européenne et la réforme en cours de la gouvernance du football français. Un départ en bon ordre, donc, mais un départ quand même.
Et ce qui rend la situation réellement préoccupante, c’est ce qui l’accompagne.
Une direction exécutive qui s’effondre en bloc
Car Cerutti ne part pas seul. Selon les informations disponibles, les deux directeurs généraux adjoints du club, Benoît Muller et Richard Declaude, seraient eux aussi sur le départ. Ce sont donc trois têtes de la direction exécutive qui quittent le navire simultanément — au moment précis où le Stade Rennais se bat pour décrocher une qualification historique en Ligue des Champions. Le vide qui se profile au sommet de l’organigramme n’est pas anodin : il touche les fonctions décisionnelles au cœur même du réacteur.
La famille François-Henri Pinault devra nommer un successeur crédible à la présidence du CA avant le 30 juin. Pour l’instant, aucun nom n’a filtré dans la presse. Le silence est assourdissant.
Un mercato estival à hauts risques
Cette incertitude institutionnelle tombe au plus mauvais moment sur le plan sportif. Le Stade Rennais s’apprête à vivre l’un des étés les plus complexes de son histoire récente. Des départs potentiels pour des montants cumulés pouvant atteindre 66 millions d’euros — Lepaul, Embolo et Brassier notamment — sont sur la table, si les offres se concrétisent. Il faudra aussi dégraisser un effectif pléthorique de 32 à une vingtaine de joueurs professionnels. Et surtout, trancher sur l’avenir de l’entraîneur Franck Haise : prolongation ou rupture ?
Ces décisions exigent une ligne directrice claire, une vision stratégique assumée, et des interlocuteurs crédibles face aux agents et aux clubs acheteurs. Sans président du CA confirmé ni directeurs généraux en place, le risque est réel de voir les négociations se paralyser, ou pire, d’être pilotées dans le flou — avec des conséquences directes sur la valeur des transferts et la cohérence du projet sportif.
Rennes à la croisée des chemins
Le Stade Rennais vit en ce moment une double course contre la montre : sportive, pour accrocher une place en Coupe d’Europe ; institutionnelle, pour se doter d’une gouvernance stable avant que le mercato ne s’emballe. Les deux sont liées — et les deux sont urgentes.
Le groupe Pinault a les moyens de ses ambitions. Il lui reste à en démontrer la solidité structurelle. Avant que l’été ne transforme cette période de turbulences en véritable crise.
Aucun nom de successeur à la présidence du CA n’a encore été confirmé — dossier à suivre d’ici au 30 juin.

