Rien ne va pour le Real avant le Clasico au Camp Nou

Il y a des défaites sportives, et il y a des humiliations symboliques. Pour le Real Madrid, la fin de saison en Liga s’apparente désormais à une marche funèbre vers l’une ou l’autre.

Accroché à domicile par le Betis Séville sur le score d’un but partout, le club merengue accuse désormais huit points de retard sur le FC Barcelone, voire onze si les Catalans gagnent leur match en retard. Le titre en Liga ? Une affaire classée. La seule question qui vaille encore : dans quelles circonstances humiliantes le dénouement interviendra-t-il ?

Le rendez-vous est coché en rouge dans tous les agendas : le 10 mai, le Clasico se jouera au Camp Nou. Et pour la Maison Blanche, ce match se présente moins comme un défi sportif que comme un tribunal. Deux verdicts sont possibles. Les deux sont douloureux. L’un, peut-être, un peu moins que l’autre.

Le pasillo, ou la capitulation institutionnelle

Premier scénario : le FC Barcelone est sacré champion avant même le coup d’envoi du Clasico. La mécanique est simple. Si les hommes de Hansi Flick s’imposent lors de leurs deux prochaines sorties — face à Getafe puis Osasuna — et que le Real Madrid trébuche contre l’Espanyol, l’écart mathématique sera tel que le titre sera officiellement attribué aux Blaugrana avant la grande confrontation.

La tradition du football espagnol est alors sans appel : le Real Madrid devra former un pasillo, cette haie d’honneur par laquelle les joueurs applaudissent l’entrée en jeu du champion en titre. Un rituel de fair-play que les puristes défendent, mais qui représente pour les supporters madrilènes une image proprement insoutenable. Voir Kylian Mbappé, Vinícius Júnior et leurs coéquipiers applaudir un Barça triomphant sous les ovations du Camp Nou, filmé sous tous les angles, diffusé en boucle sur toutes les chaînes du monde : une scène que la mémoire collective merengue mettra des années à digérer.

Ce serait seulement la quatrième fois dans l’histoire que l’un des deux géants rend cet hommage à l’autre, et la première depuis 2008. Une rareté qui ne rend pas l’événement plus acceptable pour les uns, bien au contraire.

L’alirón, le scénario qui « pue » vraiment

Pourtant, les observateurs les plus avisés s’accordent sur un point : le pasillo n’est peut-être pas le pire des deux supplices. Car il existe un second scénario, infiniment plus traumatisant pour l’orgueil madrilène.

Imaginez : le Real Madrid bat l’Espanyol, retardant ainsi l’attribution mathématique du titre. Le Clasico débute avec le suspense théoriquement intact. Puis le Barça s’impose — ou obtient le nul suffisant — et devient champion en temps réel, sur la pelouse de son ennemi historique, sous les yeux des joueurs madrilènes médusés et d’une foule catalane en délire.

Ce scénario n’a jamais eu lieu en 92 éditions de la Liga. Jamais, dans toute l’histoire du championnat espagnol, le titre n’a été décroché mathématiquement lors d’un affrontement direct entre les deux clubs. En faire le premier épisode d’une telle première représenterait pour le Real Madrid bien plus qu’une défaite : une cicatrice indélébile au terme d’une saison ratée de bout en bout, du début jusqu’à l’épilogue.

Une seule issue : gagner, encore, et attendre

Face à cette double menace, le Real n’a plus de marge de manœuvre ni de luxe tactique. Il doit enchaîner les victoires, sans faillir, pour repousser l’échéance et espérer que le Barça chancelle enfin. Une perspective qui, au vu de la domination catalane cette saison, relève davantage du vœu pieux que du calcul réaliste.

Kylian Mbappé court toujours après son premier titre en Liga. Mais en mai, c’est peut-être lui qui devra applaudir ceux qui l’ont devancé.