Face aux propos ambigus de José Mourinho sur l’affaire Vinicius, Lilian Thuram a choisi de répondre sans détour. Pour l’ancien international français, les mots de l’entraîneur de Benfica traduisent une incompréhension profonde du racisme et participent, selon lui, à banaliser le problème.
Mardi soir, le Real Madrid est venu s’imposer à Lisbonne (1-0) en huitième de finale de Ligue des Champions. Mais le match a vite dépassé le cadre sportif. Vinicius Junior a affirmé avoir été victime d’insultes racistes de la part du jeune ailier de Benfica, Gianluca Prestianni. Interrogé après la rencontre, José Mourinho a dit ne pas vouloir “prendre parti” avant de glisser un reproche au Brésilien pour sa célébration de but jugée provocatrice. Une nuance qui n’a pas échappé à Lilian Thuram.
“Un discours qui freine le progrès”
Dans un entretien accordé à L’Équipe, le champion du monde 1998 a vivement réagi à cette sortie du technicien portugais. “Ce genre de propos explique pourquoi on n’avance pas”, a-t-il lancé. “Mourinho est un immense entraîneur, respecté partout, mais cela ne l’empêche pas de tomber dans une forme de déni. Il met en doute la réalité d’un acte raciste tout en questionnant la réaction de la victime. C’est insensé.”
Thuram s’interroge surtout sur ce qu’il appelle “le réflexe de supériorité” souvent présent dans les discours sur le racisme. Pour lui, les mots du coach de Benfica traduisent une difficulté à considérer le problème du point de vue de ceux qui le subissent. “Dire qu’un joueur comme Vinicius ‘l’a bien cherché’ à cause de sa danse ou de sa joie, c’est une forme de violence symbolique. Le racisme ne naît pas d’un comportement, il vise une identité”, souligne-t-il.
Une parole qui dérange mais éclaire
Depuis sa retraite, Lilian Thuram s’est imposé comme une voix majeure sur les questions de racisme et d’égalité. Son intervention, virulente mais argumentée, met en lumière la responsabilité publique des figures du football. “Quand on tient un tel discours, on envoie un signal terrible, surtout à ceux qui subissent. Mourinho ne mesure peut-être pas l’impact de ses mots, mais ils nourrissent un climat où la victime devient suspecte”, poursuit l’ancien défenseur.
Thuram ne cherche pas seulement à blâmer l’entraîneur portugais : il s’adresse au monde du football dans son ensemble. “Tant qu’on refusera d’analyser le racisme autrement qu’à travers un regard blanc, on restera divisés. Il faut une conscience collective, pas des justifications individuelles.”
Un message fort qui dépasse le duel verbal entre deux grandes figures du sport mondial. Derrière la polémique, Thuram invite le football à se regarder en face. Et rappelle, une fois de plus, que certaines batailles se jouent bien au-delà des terrains.

