OM : pourquoi Habib Beye défend encore Greenwood — et ce que cela dit du projet marseillais

Ce dimanche, face à Monaco, l’OM a prouvé qu’il savait jouer sans sa star suspendue. Mais pour Habib Beye, la théorie selon laquelle Marseille serait « plus fort sans Greenwood » relève davantage de la surface que de la profondeur.

Derrière la sortie médiatique de l’entraîneur, c’est tout le socle tactique du projet olympien qui se révèle.

Depuis son arrivée à l’été 2024, Mason Greenwood n’a cessé de polariser les débats. Ses 25 buts et 8 passes décisives cette saison parlent pour lui. Pourtant, certains observateurs lui reprochent un investissement défensif minimaliste, loin des standards modernes imposés aux attaquants. Contre Monaco (2-1), son absence a coïncidé avec un OM plus compact, plus discipliné. D’où une conclusion rapide : l’équipe serait plus équilibrée sans lui.
Habib Beye, en conférence de presse, s’y est opposé frontalement. Selon lui, réduire Greenwood à ses lacunes défensives revient à nier la nature même du joueur. « Je ne suis pas là pour transformer un joueur », a-t-il insisté, rappelant qu’un talent comme l’ancien Mancunien doit être optimisé, pas reformaté.

La donnée qui change tout

Une statistique illustre le dilemme : avec Greenwood sur le terrain, Marseille affiche 1,9 but par match en moyenne, contre 1,3 sans lui. En revanche, la possession moyenne baisse de quatre points, signe qu’en acceptant le déséquilibre, Beye mise sur la verticalité. Ce n’est pas une faiblesse, mais une philosophie : « maximiser la zone de vérité ». Depuis le début de saison, sept des dix victoires marseillaises ont été obtenues grâce à un but ou une passe décisive du numéro 11.
Autrement dit, l’OM n’est pas dépendant d’un joueur — il est structuré autour de son efficacité.

Le pari d’un coach pragmatique

En creux, cette défense de Greenwood traduit l’évolution discrète du Beye version 2026 : moins dogmatique, plus gestionnaire. Le technicien sait ce qu’il perd en pressing quand il aligne son Anglais, mais il sait ce qu’il gagne en spontanéité offensive. Et en Ligue 1, où l’efficacité prévaut souvent sur la pure forme tactique, ce choix relève du réalisme.

D’un point de vue statistique, Greenwood reste le joueur le plus décisif du championnat derrière Kylian Mbappé. Avec 47 buts et 14 passes en 75 matchs sous le maillot bleu et blanc, il incarne cette rare catégorie d’attaquants capables de convertir la moindre demi-occasion. À Marseille, où le jeu repose souvent sur l’exploit individuel, cette qualité est capitale.
Habib Beye l’a compris : pour viser la Ligue des Champions, il vaut mieux un déséquilibre créateur qu’un équilibre stérile.

Une lecture plus large

Le débat sur Greenwood dépasse son cas personnel. Il cristallise le dilemme moderne du football français : faut-il bâtir collectivement ou libérer le talent ? À l’heure où l’OM cherche à retrouver sa place parmi les géants européens, l’entraîneur semble placer sa foi dans la seconde voie. Et le retour du Britannique contre Metz pourrait bien confirmer que la force d’un collectif, parfois, se mesure au génie de l’individu.