Dans la nuit du 7 au 8 avril 2026, le domicile de l’entraîneur de l’OM a été pillé pendant son absence. Un faits divers qui dépasse le simple récit, tant il illustre une vulnérabilité systémique du football français.
Vers 1h du matin, dans le calme apparent de Fuveau, ce village des Bouches-du-Rhône niché au nord-est de Marseille, un ou deux individus ont escaladé le mur d’enceinte de la villa d’Habib Beye. Fracture d’un volet, effraction d’une fenêtre : la méthode est rodée, presque clinique. Les cambrioleurs sont repartis avec des articles Louis Vuitton et une valise remplie de vêtements. La gendarmerie d’Aix-en-Provence, saisie de l’enquête après des relevés d’empreintes, n’a pour l’heure procédé à aucune interpellation. Beye, absent ce soir-là, a déposé plainte le lendemain.
Fuveau, l’étrange répétition d’une malédiction
Ce n’est pas la première fois que Fuveau se rappelle cruellement au souvenir d’Habib Beye. En 2005, alors joueur de l’OM, il avait déjà subi un car-jacking au même endroit : trois hommes encagoulés avaient bloqué sa route avec des poubelles pour lui dérober sa Mercedes. Vingt et un ans plus tard, l’histoire bégaie dans la même commune. Ce détail géographique n’est pas anodin : il interroge sur la persistance d’un environnement à risque autour de Marseille, bien documenté par L’Équipe qui relevait déjà « une trop longue chronologie » avec une douzaine de faits survenus entre 2011 et 2017, ciblant des joueurs de l’OM comme Gignac, Payet ou Lassana Diarra. Beye s’inscrit ainsi dans une continuité traumatique qui dépasse sa seule personne.
Le football français, terrain de chasse idéal
Le cambriolage du domicile de Beye s’inscrit dans une tendance structurelle alarmante. Selon une note interne de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) révélée par Le Figaro, les cambriolages de footballeurs professionnels en France sont passés de 13 cas en 2020 à 21 en 2021, avec une accélération encore notable au premier trimestre 2022. Janvier 2026 a encore vu de nouvelles interpellations dans une affaire de réseau organisé ciblant spécifiquement des joueurs de Ligue 1 pendant leurs matchs. Ce mode opératoire dit « match-jacking » — profiter de l’absence certifiée du joueur pendant 90 minutes — semble cette fois avoir été adapté à un entraîneur, dont les déplacements sont tout aussi prévisibles et publics. Pour protéger ses propres joueurs, l’OM dépensait déjà entre 600 000 et 800 000 euros par an en dispositifs de sécurité : la question se pose désormais de savoir si cette protection englobe aussi le staff technique.
Un coach fragilisé à un moment charnière
Au-delà du fait divers, ce cambriolage intervient dans un contexte sportif sous haute tension pour Beye. Intronisé le 18 février 2026 après le limogeage de Roberto De Zerbi, il affichait fin mars un bilan de trois victoires et trois défaites en Ligue 1, avant de s’incliner à Monaco (2-1) le 5 avril lors de la 28e journée. Avec quatre défaites en sept matchs, son départ constitue le plus difficile d’un entraîneur marseillais depuis 2005 — une année qui, coïncidence troublante, est aussi celle du premier traumatisme de Beye à Fuveau. Devoir gérer une plainte en gendarmerie, des relevés d’empreintes et l’inventaire d’un cambriolage à moins de 48 heures d’une réception du FC Metz en championnat : le technicien sénégalais doit puiser dans des ressources mentales que même les préparations tactiques les plus élaborées n’anticipent jamais.
