À l’Olympique de Marseille, le vent a tourné. Le président Pablo Longoria, longtemps maître à bord sur le plan sportif, voit son influence sérieusement entamée par Medhi Benatia, désormais homme fort du projet. Derrière les sourires de façade, les tensions s’accumulent et le fossé se creuse au sommet du club.
Depuis quelques semaines, Frank McCourt a tranché. Confronté à une forme d’instabilité dans la direction sportive, le propriétaire américain a décidé d’accorder les pleins pouvoirs à Benatia, nommé directeur du football en novembre dernier. Ce choix stratégique a fait l’effet d’un séisme interne : Longoria, mis à l’écart du cœur décisionnel, vit cette évolution comme une mise sous tutelle.
Le match de trop
Le déclic se serait produit samedi dernier, à l’occasion du nul contre Strasbourg (2-2). En tribunes, plusieurs banderoles visaient le président et le propriétaire, mais pas Benatia. Un détail révélateur, perçu comme un signe. « Il a compris ce soir-là que le vent tournait », confie un proche du dirigeant espagnol. En coulisses, on parle d’un homme blessé, surpris de constater que le Marocain semble épargné par la colère du Vélodrome.
Les deux hommes, autrefois alliés dans la reconstruction du club après le départ de Marcelino, ne se parlent presque plus. La communication s’est tendue au fil des mois, sur fond de désaccords concernant les recrutements, la gestion du vestiaire et la ligne sportive. Longoria soupçonne désormais Benatia d’avoir habilement consolidé son pouvoir auprès de McCourt, profitant de son aura d’ancien joueur et de son profil plus diplomate pour gagner du terrain.
Une décision contournant la présidence
La rupture se serait consommée avec la publication d’un communiqué interne officialisant la pleine autorité sportive de Benatia. Longoria, selon plusieurs sources, n’aurait pas été consulté ni même prévenu. Pour un président réputé méticuleux et attaché au contrôle des dossiers, le camouflet est brutal. « Il l’a pris comme un affront », glisse son entourage.
À Marseille, cette redistribution des rôles ne passe pas inaperçue. Dans les bureaux de la Commanderie, on décrit une ambiance lourde, faite de méfiance et de non-dits. Officiellement, le président reste en poste. Officieusement, beaucoup estiment que son départ n’est plus qu’une question de temps. McCourt, qui a souvent préféré trancher dans le silence, pourrait cette fois encore faire valider sa décision à distance.
Pendant ce temps, Benatia avance, fort du soutien du propriétaire et d’une partie de l’encadrement technique. L’ancien capitaine de la Juventus a pris la main sur les dossiers stratégiques de recrutement et sur les discussions avec l’entraîneur Gennaro Gattuso.
À l’OM, le pouvoir ne se partage jamais bien longtemps. Le face-à-face entre Longoria et Benatia en est la dernière preuve : deux visions, deux tempéraments, et une seule certitude — Marseille reste injustement calme avant la tempête.

