En février 2026, l’Olympique de Marseille a perdu son entraîneur, son directeur du football et son équilibre institutionnel en moins de dix jours. Derrière cette déflagration, une guerre de pouvoir silencieuse, un propriétaire dépassé et des supporters qui ont failli forcer les portes du Vélodrome. Le récit d’une saison qui a implosé.
Il y a des clubs qui traversent des crises. Et il y a l’OM, qui les vit en cinémascope, avec des banderoles, des irruptions dans les couloirs présidentiels et des démissions annoncées sur les réseaux sociaux avant d’être officialisées. Ce qui s’est passé à Marseille en février 2026 n’était pas une simple turbulence de mi-saison. C’était l’effondrement simultané de trois piliers d’un projet sportif présenté comme solide, dans un délai si court que personne — ni à l’intérieur du club, ni en dehors — n’a vraiment eu le temps de comprendre ce qui se passait.
Le 14 février, tout bascule
La Saint-Valentin 2026 restera dans les mémoires marseillaises pour de mauvaises raisons. Ce soir-là, au Vélodrome, les banderoles du virage nord ont visé directement Frank McCourt et Pablo Longoria — sans mentionner Benatia, détail qui n’a pas échappé aux observateurs internes. « McCourt Longoria cassez-vous » : le message était clair, le ton sans appel. Dans les salons présidentiels, une cinquantaine de supporters ont tenté de forcer l’entrée. McCourt, présent ce soir-là — lui qui se montre si rarement — a été confronté de plein fouet à la colère de son propre public.
Quelques jours plus tôt, Roberto De Zerbi avait quitté le navire. L’Italien, arrivé en grande pompe à l’été 2024 pour incarner un football ambitieux et spectaculaire, était parti dans une atmosphère de rupture — non sans laisser derrière lui des accusations d’attitudes toxiques dans le vestiaire, notamment dans sa gestion de certains joueurs. Son départ avait tout aggravé.
Benatia démissionne — puis reste
La séquence suivante a achevé de plonger le club dans la confusion. Medhi Benatia, directeur du football et visage sportif du projet, a annoncé sa démission — non pas dans un communiqué officiel mesuré, mais sur les réseaux sociaux, dans un geste qui a stupéfait jusqu’à ses proches collaborateurs. L’ancien défenseur estimait qu’il portait seul « tout le poids du club et toutes les critiques de l’extérieur », selon L’Équipe, la mise en retrait progressive de Longoria l’ayant conduit à endosser des responsabilités qui auraient dû être partagées.
Frank McCourt est alors intervenu personnellement. Sa décision : maintenir Benatia jusqu’à la fin de la saison pour assurer une continuité minimale, tout en recentrant Longoria sur des missions institutionnelles. Une décision forte, qui a dit quelque chose d’important sur l’état réel des relations entre les deux hommes — et sur le fait que le propriétaire américain ne faisait plus confiance à son président pour piloter seul la sortie de crise.
Ce qui reste debout
Au terme de cette déflagration, Habib Beye a été nommé entraîneur. Le bilan, depuis, est honnête sans être flamboyant : des résultats suffisants pour maintenir les espoirs européens, un jeu qui peine à retrouver l’intensité de l’ère De Zerbi. Ce soir au Vélodrome, c’est lui qui tentera d’arracher une qualification en Ligue Europa face à Rennes — dans un stade dont l’ambiance sera, au mieux, électrique.
Benatia a officialisé son départ définitif en fin de saison. Un successeur au poste de directeur sportif est activement recherché. Longoria, dont l’avenir reste suspendu à la volonté de McCourt, continue d’assurer l’intérim institutionnel dans un silence éloquent.
Ce que cette crise a révélé, au fond, c’est moins l’échec d’un trio que la fragilité d’un modèle : celui d’un club géré à distance, par un propriétaire américain qui découvre les réalités du football européen à chaque nouvelle banderole.
Il en reste encore beaucoup à apprendre.

