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OM : Benatia ne part pas par solidarité avec De Zerbi

Mehdi BENATIA (Directeur sportif de l'Olympique de Marseille) - Photo by Icon Sport

En à peine quatre jours, l’Olympique de Marseille a vu s’envoler deux figures majeures de son organigramme : Roberto De Zerbi puis Medhi Benatia. Derrière la démission officielle du directeur du football, annoncée ce dimanche 15 février, se cache moins une lassitude qu’un désaccord profond sur la direction prise par le club. Argent, pouvoir et confiance brisée : récit d’une séparation inéluctable.

Une décision mûrie, un contexte explosif

Medhi Benatia a rangé son costume de directeur du football à l’OM avec la même élégance qu’il portait celui de capitaine sur les pelouses européennes. Dans un message publié sur Instagram, l’ancien international marocain évoque certes un “climat devenu lourd” et un “sentiment de rupture”. Mais entre les lignes, ses mots trahissent une fatigue bien plus structurelle : celle d’un homme frustré par les promesses non tenues et les équilibres fragiles d’un projet qu’il estimait en panne d’ambition.

Le revers contre Bruges, puis la défaite face au PSG, ont cristallisé un malaise latent. Depuis plusieurs semaines, les relations internes se sont tendues, les murs du centre Robert-Louis-Dreyfus abritant de plus en plus de divergences entre le président Pablo Longoria et son bras droit sportif. Dans les couloirs, on parle d’un “couple dirigeant” dont la communication ne passait plus.

Des promesses économiques envolées

Lors de sa nomination en novembre 2023, Benatia avait accepté un plan en deux temps : une première année de rigueur budgétaire, avant une relance ambitieuse, portée par un actionnariat censé investir à nouveau. Mais les fonds annoncés n’ont jamais réellement suivi. Les renforts attendus se sont mués en prêts à répétition, montages financiers complexes et négociations sans marge de manœuvre. Cette économie de survie, aux antipodes du discours initial, a fini par user le dirigeant.

L’homme, perfectionniste et exigeant, voyait son champ d’action se réduire au fil des semaines. En interne, il confiait sa lassitude devant les “moyens bricolés” mis à sa disposition pour donner corps aux ambitions du club. Dès lors, sa démission n’était plus qu’une question de timing.

Une guerre d’influence au sommet

Mais le vrai point de rupture tient à la relation avec Pablo Longoria. Longtemps alliés, les deux hommes ont vu leur entente se fissurer à mesure que Benatia gagnait en influence, notamment auprès du vestiaire et du staff. Le président, affaibli par les critiques des supporters et les banderoles hostiles à son égard, aurait mal vécu cette montée en puissance. Selon plusieurs proches du dossier, la défiance s’est installée dès la gestion du départ de De Zerbi, épisode perçu par Longoria comme un camouflet personnel.

Isolé, Benatia a choisi de partir avant d’être poussé dehors. Ce départ symbolise aussi la perte d’un relais essentiel pour Longoria, désormais seul à la barre dans une tempête institutionnelle et sportive. Car à l’OM, rien ne se fait jamais dans le calme : même les démissions ont valeur de rébellion.

La séparation de Benatia consacre ainsi la fin d’un équilibre fragile. Entre promesses non tenues, compétition d’ego et désillusion collective, l’Olympique de Marseille entre dans une fin de saison à haut risque, où la direction semble aussi déboussolée que l’équipe sur le terrain.

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