En février, Medhi Benatia claquait la porte après un 5-0 humiliant contre le PSG. Un coup de sang sincère ? Peut-être. Mais alors qu’Al-Ittihad lui déroule le tapis rouge en Arabie Saoudite, une autre lecture s’impose : et si le raz-de-bol marseillais avait surtout servi à déverrouiller un contrat devenu encombrant ?
L’histoire officielle est bien rodée. Le 9 février 2026, lendemain d’une débâcle 5-0 au Vélodrome contre le PSG, Medhi Benatia présente sa démission. L’humiliation est trop grande, les tensions trop profondes. Frank McCourt le retient. Il reste. Jusqu’en mai. Jusqu’au bout.
Belle histoire de dignité professionnelle.
Sauf que depuis quelques jours, un autre scénario circule. Selon Fabrizio Romano, Al-Ittihad — le club saoudien de Djeddah, celui de Benzema et Kanté hier, celui d’un projet à reconstruire aujourd’hui — a approché Benatia pour en faire son nouveau directeur sportif. Le Marocain est décrit comme la priorité absolue du club. Les discussions sont concrètes. Et l’offre financière, selon toute vraisemblance, sans commune mesure avec ce que l’OM lui versait.
Le calendrier qui fait douter
Revenons aux dates. Benatia démissionne en février. McCourt le convainc de rester jusqu’à la fin de saison, en mai. Or, les contacts avec Al-Ittihad, s’ils sont rendus publics aujourd’hui, n’ont probablement pas émergé de nulle part en quelques jours.
Dans le football, les grandes décisions de carrière se préparent en amont. Les agents parlent. Les clubs sondent. Les profils sont étudiés bien avant que les médias en soient informés. Peut-on sérieusement croire que l’intérêt d’Al-Ittihad — l’un des clubs les plus ambitieux de Saudi Pro League — s’est déclaré spontanément à quelques semaines de la fin de son contrat ?
Ou, au contraire, faut-il envisager que la démission de février ait été — consciemment ou non — le moyen le plus propre de créer une rupture de fait avec l’OM, tout en conservant une sortie honorable ?
L’OM comme tremplin, l’Arabie comme destination
Ce qui est certain : l’offre saoudienne représente un changement de dimension radical. Al-Ittihad ne cherche pas un directeur sportif ordinaire. Le club veut reconstruire un projet de A à Z, avec des moyens financiers colossaux, après une saison catastrophique terminée à 30 points du titre. Benatia, avec son carnet d’adresses européen, sa connaissance du marché et son image de marque internationale, est le profil idéal pour piloter un mercato XXL.
À l’OM, il gérait les contraintes budgétaires d’un propriétaire américain peu enclin à ouvrir largement les cordons de la bourse. En Arabie Saoudite, les plafonds n’existent pas de la même façon. Ce n’est pas le même métier.
La démission comme outil de négociation
Dans le monde du football de haut niveau, claquer la porte — même temporairement — est rarement un acte purement émotionnel. C’est aussi un signal. Celui d’un homme qui reprend la main sur son destin professionnel, qui envoie un message au marché, qui s’affranchit d’une situation devenue trop contraignante pour explorer autre chose.
McCourt l’a retenu. Mais en lui demandant de rester jusqu’en mai, il lui a aussi offert ce dont il avait besoin : du temps pour négocier en position de force, avec un départ propre et assumé à la clé.
Dimanche soir, le rideau tombe
Ce dimanche, au Vélodrome, face à Rennes, Benatia vivra son dernier match en tant que directeur sportif de l’OM. Un adieu solennel, une ovation probable, des déclarations d’amour au club et à la ville. Le scénario parfait pour tourner la page sans laisser de traces.
Derrière, Djeddah l’attend. Et un chèque que Marseille n’aurait jamais pu signer.

