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OL : une saison blanche qui fait mal, un printemps sous tension

Corentin TOLISSO - Lyon (Photo by Stephane Pillaud/Icon Sport)

Éliminé coup sur coup de la Coupe de France et de la Ligue Europa, l’Olympique Lyonnais traverse une crise de confiance inquiétante. Sept matchs consécutifs sans victoire, un moral en berne et une quatrième place menacée : le club de Paulo Fonseca vit son premier vrai tournant de la saison. Face à Monaco, dimanche, l’OL n’a plus le droit à l’erreur s’il veut sauver une fin d’exercice qui s’effrite à vue d’œil.

Les supporters lyonnais ont connu des printemps bien plus heureux. Celui de 2026 ressemble à un cauchemar éveillé. De la ferveur de Gerland à l’espoir retrouvé du Groupama Stadium, Lyon s’est toujours vu comme un club de caractères, forgé dans la résilience et l’ambition. Mais en l’espace de deux semaines, l’équipe de Paulo Fonseca a tout perdu ou presque : son élan, sa confiance et peut-être le fil conducteur d’une saison qui semblait maîtrisée. Éliminé de la Coupe de France, puis de la Ligue Europa, le club rhodanien s’est enfoncé dans un doute profond, enchaînant sept rencontres sans victoire. Une spirale qui glace ses ambitions européennes et interroge sur la capacité du groupe à se relever.

Un mois noir qui fait vaciller le projet Fonseca

La gifle est brutale. Car jusqu’à la mi-février, tout paraissait presque idéal. Lyon, quatrième de Ligue 1, regardait à nouveau vers le haut. Son jeu séduisait, sa jeunesse s’exprimait et Fonseca semblait avoir trouvé la recette. Mais le mois de mars a tout renversé. Le 5 mars, Lens arrache la qualification en Coupe de France aux tirs au but (2-2, 4-5 tab). Huit jours plus tard, le Celta Vigo renvoie l’OL à ses contradictions européennes : un nul à domicile (1-1) avant une défaite en Galice (0-2), marquée par l’expulsion de Niakhaté dès la 19e minute. Depuis, le doute s’est invité partout — dans les jambes, dans les regards, dans la communication même de Fonseca.

Le technicien portugais, d’ordinaire si calme, laisse transparaître une nervosité nouvelle. « Nous avons perdu notre fraîcheur mentale », a-t-il concédé après la désillusion en Espagne. Les joueurs, eux, peinent à réagir. Tolisso, capitaine abattu, résumait le sentiment général : « On avait l’impression que quoi qu’on fasse, ça ne tournait pas pour nous. » L’analyse est lucide, mais elle ne suffit plus. L’OL n’a pas seulement perdu des matchs, il a perdu sa dynamique — celle qui lui permettait d’imposer son rythme et d’étrangler ses adversaires.

Une crise d’efficacité et de confiance

Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Sur ses sept dernières sorties, Lyon n’a marqué que quatre petits buts. Pire encore : aucun joueur offensif ne parvient à endosser le rôle de sauveur. Lacazette, si précieux depuis deux ans, traverse une période sans réussite. Cherki manque de régularité, Orban s’éparpille, et Nuamah, pourtant si prometteur, reste trop inconstant. Sans tranchant, le système de Fonseca perd de sa superbe.

« Lyon joue bien entre les lignes, mais ne fait plus mal dans les zones décisives », analyse un ancien entraîneur du club. « C’est une équipe qui a besoin d’un but pour respirer, or elle reste à bout de souffle dès que l’ouverture ne vient pas. »

Même le public, d’ordinaire si mordant à domicile, s’impatiente. Le Groupama Stadium a grondé contre Reims, puis déserté avant la fin face à Toulouse. Les banderoles réclamant « de l’orgueil » n’ont pas suffi à réveiller le vestiaire. La frustration se mêle désormais à la peur : celle de voir s’éloigner la Ligue des champions, cette compétition que Lyon convoitait à nouveau avec ambition.

Paulo Fonseca sous pression avant Monaco

S’il ne l’admet pas publiquement, Paulo Fonseca joue gros. Son projet séduisant — fait de jeu construit, de pressing intelligent et d’exploitation des couloirs — commence à être contesté. En interne, certains s’interrogent sur son manque d’ajustements tactiques. L’expulsion de Niakhaté à Vigo a mis en lumière la fragilité d’une défense laissée trop souvent exposée. Les blessures de Mata et Henrique n’ont rien arrangé, forçant Gusto à redescendre plus bas et déséquilibrant le couloir droit.

Face à Monaco, dimanche, l’entraîneur portugais veut provoquer un électrochoc. « Le principal sera de récupérer mentalement. Nous avons manqué de lucidité, mais notre histoire n’est pas terminée », a-t-il lancé en conférence de presse. Son ton, à la fois ferme et rassembleur, trahit la tension ambiante. Fonseca sait qu’un nouveau revers ferait vaciller son autorité. À Lyon, les cycles d’enthousiasme et de désillusion s’enchaînent vite. Et la direction n’a jamais eu la patience comme vertu première.

Daniel Riolo, sur RMC, a mis les mots que tout le monde redoute : « Quand on les voyait s’en sortir à l’automne, on a cru qu’ils avaient retrouvé leur grandeur. Mais depuis trois semaines, ils filent vers une fin de saison catastrophique. »

Le vestiaire à la croisée des chemins

Dans les couloirs de Décines, le silence en dit long. Les cadres — Tolisso, Lopes, Caqueret — tentent de maintenir la cohésion, tandis que les plus jeunes accusent le coup. Les visages fermés à la sortie de l’entraînement illustrent ce moment fragile. « Le groupe reste soudé, mais il est usé », confie un proche du vestiaire. « Physiquement et mentalement, ils ont besoin d’un vrai déclic. »

Ce déclic pourrait venir d’un match référence. Un succès contre Monaco — troisième du championnat — relancerait tout un club. Et pourtant, la menace est réelle : les Monégasques, eux, arrivent lancés, avec un Wissam Ben Yedder en grande forme et une défense retrouvée. La donne est claire : si Lyon s’incline, il pourrait glisser à la sixième place et voir l’Europe s’éloigner dangereusement.

Tolisso, lucide, ne se cache plus : « On a trop de talent pour finir ainsi. » Le milieu de terrain, capitaine courage, symbolise à lui seul les montagnes russes du projet lyonnais. Formé au club, revenu pour lui redonner de la stabilité, il traverse aujourd’hui l’une de ses périodes les plus compliquées. Son abattement après l’élimination en Ligue Europa a fait le tour des réseaux : les larmes d’un joueur conscient que l’OL joue peut-être plus que sa saison — son identité.

Lyon en quête d’un second souffle

Reste une question essentielle : comment renverser la tendance ? Fonseca cherche la formule. Il a envisagé un retour à un 4-3-3 plus prudent, réintroduisant Alvero dans l’entrejeu pour solidifier l’axe. Il a aussi travaillé la semaine sur la verticalité des transmissions, souvent trop lentes dernièrement. Le staff médical, lui, tente de gérer une fatigue latente — physique autant que mentale.

Le club, symbole de formation et d’ambition, est à la croisée des chemins. Entre une jeunesse dorée (Nuamah, Orban, Lepenant) et des cadres expérimentés, l’équilibre reste fragile. C’est toute la difficulté d’un projet de reconstruction : progresser, oui, mais sans perdre le fil d’une culture de la gagne que Lyon semblait avoir retrouvée. Les décisions de Fonseca dans les prochaines semaines pourraient définir la trajectoire du club pour la saison suivante.

L’Europe, une obsession lyonnaise

Car au-delà du simple classement, l’enjeu est stratégique. L’OL a bâti tout son redressement économique autour du retour en Europe. Une qualification pour la Ligue Europa — voire la Ligue des champions — permettrait de conforter le projet sportif et financier initié depuis deux ans. En revanche, un effondrement printanier remettrait tout en cause. Les départs de cadres, une nouvelle valse de rumeurs autour du banc, et une perte d’attractivité : tout est possible si la descente continue.

Pourtant, rien n’est perdu. Lyon n’est qu’à quatre points du podium à dix journées de la fin. Mais il faudra retrouver cette intensité qui faisait sa force à l’automne, lorsqu’il étouffait Rennes, Nice ou Lille. À l’époque, Fonseca parlait d’« énergie collective ». Aujourd’hui, il évoque « fatigue mentale ». Le contraste dit tout.

Un match charnière pour tout un club

Dimanche soir, à Décines, le Groupama Stadium sera plein. Les supporteurs, eux, n’ont pas renoncé. Ils espèrent une réaction, une réponse collective, un but qui fasse chavirer le stade et rallume la flamme. Fonseca sait que ce genre de moments peut changer une saison. L’an dernier déjà, Manchester United avait traversé une période similaire avant de rebondir en quelques matchs. C’est à ce sursaut que Lyon aspire — celui d’un groupe qui refuse de s’effondrer.

Les mots de l’entraîneur en avant-match résument la situation : « Ce n’est pas une crise, c’est un test. » Une phrase lourde de sens. Car à Lyon, plus que le résultat, c’est la réaction qui sera scrutée. Tomber, c’est une chose ; se relever, c’en est une autre. Dans un championnat de plus en plus dense, où chaque point compte, la capacité de Fonseca et de ses joueurs à inverser la dynamique dira beaucoup de la solidité du projet.


En somme, Lyon est dans le dur, mais tout reste entre ses mains. Entre désillusion européenne et avenir incertain, l’OL avance sur un fil. La réception de Monaco ressemble à un miroir tendu : une opportunité de prouver que le club n’a pas perdu son ambition, ni sa foi en lui-même. Et peut-être, dimanche soir, de conjurer cette peur du vide qui colle à ses crampons depuis trop longtemps.

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