Jean-Michel Aulas, au coude-à-coude avec Grégory Doucet avant le second tour des municipales lyonnaises (22 mars), risque gros.
Une défaite ferait de l’architecte de 36 ans de gloire olympienne un « loser » aux yeux de la ville, avec des répercussions en cascade sur l’Olympique Lyonnais. Portrait d’un scénario qui pourrait tout changer pour le club de John Textor.
Déjà distancé au premier tour (35,4% contre 37,3% pour l’écologiste), Aulas traîne une campagne jugée « frustrante » et maladroite. Absent de débats clés, critiqué pour ses alliances et sa gestion passée des ultras, l’ancien président de l’OL (1987-2023) voit son aura d’infaillible – 21 titres conquis – se fissurer. Une « remontada » politique semble compromise, et avec elle, l’image du « parrain lyonnais » qui irradiait encore le club.
Un mythe brisé, un club orphelin ?
Pour l’OL, les conséquences seraient immédiates. Fin du « réseau Aulas » : plus d’influence sur les subventions métropolitaines pour le Groupama Stadium, les centres de formation ou les transports gratuits promis en cas de victoire. Les sponsors locaux, attirés par sa stature pro-business, pourraient hésiter, tandis que les attaques sur les groupes violents des années OL (Bad Gones, extrême droite) exploseraient dans les médias, polluant l’image actuelle du club en pleine relance Europa League.
Eagle Football, propriétaire américain depuis 2022, y verrait paradoxalement une opportunité. Libéré de l’ombre du prédécesseur – qui clamait déjà qu’une défaite « changerait sa vie » et l’éloignerait de la politique –, l’OL pourrait se recentrer sur le sportif. Moins dépendant des équilibres locaux, le businessman rebâtirait des ponts avec Doucet, jugé plus ouvert sur les infrastructures. Les supporters, partagés entre nostalgie et ras-le-bol, plébisciteraient peut-être cette rupture.
Indépendance forcée pour les Gones
Cette déroute transformerait Aulas en figure du passé, cantonné à ses affaires privées. L’OL, orphelin de son ambassadeur charismatique, perdrait un atout médiatique mais gagnerait en autonomie. Pas de drame sportif imminent – focus Ligue 1 et Celta Vigo –, juste une page qui se tourne. Lyon, ville foot, jugerait l’ex-boss sur ses 21 trophées, pas sur un bulletin de vote. Mais le mythe du « gagnant éternel » s’effrite : l’OL 2.0 de Michele Kang, pragmatique et américain, s’écrira sans lui. Reste à savoir si les Gones regretteront le roi déchu ou applaudiront la nouvelle ère.

