Le rideau tombe définitivement sur l’ère John Textor à Lyon. Ce mardi 14 avril 2026, Eagle Football Group a officiellement enclenché un processus de vente de ses actifs, dont l’Olympique Lyonnais. Dans les coulisses, un tandem inattendu se dessine : la femme d’affaires Michele Kang et le fonds américain Ares Capital.
La chute de John Textor à la tête de l’Olympique Lyonnais aura été aussi spectaculaire que sa montée en puissance. Officiellement révoqué de son poste de directeur d’Eagle Football Holdings Bidco dès le 27 janvier 2026, la holding qu’il avait constituée pour détenir 85% du club rhodanien a ensuite été placée sous administration judiciaire le 27 mars 2026, avec le cabinet Cork Gully nommé pour prendre la main. Ce mardi, Eagle Football Group a franchi une nouvelle étape décisive en annonçant la mise en place d’un comité indépendant ad hoc, composé de trois administrateurs — Gilbert Saada (président), Nathalie Dechy et Victoria Wescott — dont la mission est de « nommer un expert indépendant, de suivre les travaux dudit expert et d’émettre une recommandation au Conseil d’administration sur l’intérêt d’une éventuelle offre publique » le moment venu. Le signal est sans équivoque : l’OL est bel et bien sur le marché.
La trajectoire qui mène à ce point de bascule s’est construite sur plusieurs mois de turbulences financières et de guerres d’ego entre actionnaires américains. Ares Management avait consenti à Textor un prêt dépassant les 400 millions de dollars pour financer l’acquisition de l’Olympique Lyonnais, une mise colossale qui a progressivement tourné au vinaigre. Textor lui-même avait accusé Kang et Ares d’avoir installé un « shadow board » pour prendre le contrôle opérationnel du club dans son dos. En juin 2025, il avait pourtant démissionné de la présidence de l’OL en déclarant : « Michele est le choix idéal pour diriger l’OL dans la phase suivante et j’ai pleinement confiance en elle. » Des mots qui sonnent aujourd’hui comme un dernier acte de communication maîtrisé avant une sortie forcée.
Kang-Ares, le duo qui veut transformer l’OL en laboratoire du football mondial
L’identité des repreneurs pressentis n’est pas une surprise totale, mais elle n’en reste pas moins chargée de symboles. Selon le communiqué d’Eagle Football Group, « un consortium constitué du fonds Ares Capital et d’un affilié de Michele Kang » s’est déjà positionné comme candidat à la reprise. Ares et Bidco s’étaient d’ailleurs engagés, dans un accord révélé en mars 2026, à « ne pas entreprendre de processus de vente concernant EFG ou ses filiales avant le 30 juin 2026 », et à « ne prendre aucune mesure visant à démettre Michele Kang de ses fonctions de PDG d’EFG avant le 30 juin 2027 ». La prise de contrôle totale du club masculin par Kang serait donc la conclusion logique d’une stratégie d’implantation progressive entamée dès mai 2023, lorsqu’elle avait acquis une participation majoritaire dans l’OL féminin, finalisée en février 2024 à hauteur de 52,91% du capital d’Olympique Lyonnais Féminin. Ce que Textor présentait comme un partenariat est peut-être, rétrospectivement, le premier acte d’une conquête méthodique.
La gouvernance qui se profile soulève néanmoins des questions structurelles que le comité indépendant ad hoc a précisément pour mission d’arbitrer. Le risque de conflit d’intérêts est manifeste : Michele Kang est à la fois PDG en exercice de l’OL et membre du consortium acheteur, ce qui place le conseil d’administration d’Eagle Football Group face à une équation délicate. D’autres « tiers intéressés » pourraient encore se manifester selon le communiqué officiel, laissant ouverte la porte à une mise aux enchères plus ouverte que prévu. Mais le calendrier contraint par l’accord Ares-Bidco — qui protège Kang jusqu’en juin 2027 mais interdit toute vente avant juin 2026 — dessine une fenêtre de transaction étroite, probablement entre l’été et l’automne 2026. Pour un club qui a frôlé la relégation administrative et qui reconstruit péniblement sa crédibilité sportive et financière, le temps de l’incertitude doit impérativement être court. L’OL n’a plus le luxe d’attendre.

