Il y a une scène qui résume tout. Mercredi soir, à l’Allianz Arena, quelques secondes après le coup de sifflet final qui qualifie le PSG pour la finale de Budapest, Nasser Al-Khelaïfi se retrouve devant les caméras de CBS Sports, Thierry Henry à ses côtés.
Le président est aux anges. Et il lâche une confidence que personne n’attendait vraiment : «C’est ma meilleure décision. J’ai parlé avec lui pendant 15 ans pour le faire venir. C’est un entraîneur fantastique, le meilleur du monde, mais c’est aussi une très bonne personne.»
Quinze ans. Une décennie et demie de séduction, de refus, de patience. Pour recruter l’homme qui, entre-temps, avait infligé au PSG l’une des humiliations les plus cuisantes de son histoire.
Le bourreau devenu sauveur
En mars 2017, Luis Enrique infligeait au PSG la pire humiliation de son histoire. Ce soir-là au Camp Nou, son FC Barcelone renverse un 4-0 concédé à l’aller pour s’imposer 6-1 et se qualifier pour les quarts de finale. La remontada. Le mot entre dans le dictionnaire du football mondial. À Paris, il reste une plaie ouverte. Et pourtant, c’est précisément cet entraîneur-là que Nasser Al-Khelaïfi voulait.
L’admiration du dirigeant s’étend au-delà des compétences tactiques. Il décrit Luis Enrique comme capable de gérer quotidiennement les joueurs ainsi que la pression médiatique française parfois complexe. Une qualité rare, en France plus qu’ailleurs.
La révolution sans stars
Arrivé en juillet 2023, Luis Enrique a pris des décisions radicales dès ses débuts : les départs de Neymar, Lionel Messi et Marco Verratti, afin de restructurer profondément l’effectif et l’identité du groupe. À l’époque, Paris gronde. Les supporters ne comprennent pas. Les consultants s’agitent. Quel club au monde se sépare volontairement de trois tels joueurs en même temps ?
Celui qui a un plan. Ce PSG 2026 est une machine à la maîtrise structurelle totale, où chaque joueur se fond dans un moule collectif d’une rare intensité. Kvaratskhelia inarrêtable. Pacho infranchissable. Zaïre-Emery qui choque la planète. Des guerriers, pour reprendre le mot de Nasser.
Budapest, et peut-être l’éternité
Pour le président, l’arrivée de Luis Enrique en 2023 est un tournant historique : «C’est vraiment le meilleur actif du club, l’une de mes meilleures décisions, si ce n’est la meilleure.»
Le 30 mai prochain, à Budapest, le PSG défie Arsenal pour un doublé historique en Champions League. Si Luis Enrique gagne, il rejoindra le cercle très fermé des triples vainqueurs de la C1 avec Carlo Ancelotti, Pep Guardiola et Zinedine Zidane.
Quinze ans d’attente, une remontada à digérer, une révolution à mener. Rarement un recrutement aura demandé autant de patience — et rarement elle aura été aussi bien récompensée.


