En acceptant de reporter son match contre le Paris Saint-Germain pour faciliter la préparation européenne des Parisiens, le FC Nantes s’est attiré bien plus que des critiques : une partie de ses supporters crie à la trahison. Entre solidarité nationale et lutte pour le maintien, le club ligérien s’offre une polémique dont il se serait bien passé.
Le FC Nantes a dit oui là où beaucoup auraient dit non. Sollicité par le PSG pour décaler leur affrontement de Ligue 1 initialement prévu début mars, le club présidé par Waldemar Kita a donné son feu vert. Une décision prise “dans l’intérêt du football français”, assure-t-on dans l’entourage nantais, pour permettre aux Parisiens de mieux préparer leur double confrontation face à Chelsea en Ligue des Champions (11 et 17 mars). Luis Enrique s’en est d’ailleurs félicité, saluant “une attitude positive pour représenter la France”. Mais à Nantes, cette bienveillance ne passe pas.
Une solidarité qui divise
Dans les tribunes de la Beaujoire, l’annonce a provoqué un vent de colère. Plusieurs groupes de supporters – la Brigade Loire, Activ Nantes, Allez Nantes Canaris – ont publié un communiqué commun dénonçant une décision “à l’encontre des intérêts du FCN”. Selon eux, le club “confirme une habitude inquiétante : celle de se plier aux desiderata du PSG”. Le ton est dur, accusateur même, contre un président perçu comme trop conciliant.
Certains observateurs partagent cette indignation. Sur RMC, Daniel Riolo n’a pas mâché ses mots : “Donner un coup de main à un autre club français en Europe, oui, tant que ce n’est pas contre toi. Là, c’est une forme de soumission totale”, a lâché l’éditorialiste, estimant que Nantes “se tire une balle dans le pied pour rendre service à plus fort que lui.”
Un calendrier infernal à venir
Car la question clé se joue sur le terrain. Le report n’est pas anodin : replacé entre deux journées cruciales de championnat, le match contre Paris se disputera désormais la semaine du 20 avril. Pour Ahmed Kantari et ses joueurs, cela signifie un enchaînement périlleux : trois matchs en une semaine face à Brest, au PSG et à Rennes, avant de finir la saison contre Marseille, Lens et Toulouse. Un marathon au moment le plus tendu de l’année.
À dix journées du terme, Nantes occupe une 17e place précaire, un point derrière le barragiste Auxerre. Le moindre faux pas pourrait être fatal dans une lutte pour le maintien déjà épuisante. Si la solidarité envers Paris se transforme en handicap sportif, la direction pourra difficilement justifier auprès de ses supporters d’avoir “aidé la France” au prix d’un possible naufrage local.
Le geste, noble en apparence, pourrait bien coûter cher. Et cette fois, malgré les bonnes intentions, Nantes risque d’apprendre que dans une course au maintien, la solidarité nationale pèse moins lourd que la survie à domicile.

